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Maroc : les nouveaux berbèresArticle suivant :
Les nouveaux berbères Campus de l'université Ibn Zohr d'Agadir, la capitale de la région du Souss Intellectuels, linguistes, étudiants ou patrons... Ils ont repris le flambeau de la défense de la culture amazighe. Mais différemment. En s’appuyant sur l’histoire du royaume, ils sortent du folklore et des antagonismes supposés. Demandez à un taxi parisien dont vous soupçonnez le douar d’origine : « Algérien ? » et vous avez de fortes chances de récolter cette réponse : « Non, Kabyle ! » Refaites l’exercice avec l’« épicier arabe » du coin qui visiblement vient du Souss, la région d’Agadir : « Marocain ? — Bien sûr ». Il est soussi jusqu’aux ongles, mais jamais il ne mettra en avant ses origines au détriment de son appartenance nationale. Il est à la fois soussi et marocain, et bien sûr musulman. Ses différentes identités sont vécues et revendiquées tout uniment. Le Maroc est une île bordée par des mers d’eau et de sable. La nation qui s’y est forgée à l’abri des montagnes a pu – ou su – se préserver à travers les souss.comsiècles. Cimentée par l’islam et par un système de pouvoir original, sinon unique, c’est une nation complexe, éclatée, conflictuelle. L’Empire chérifien a été longtemps déchiré par des guerres entre Makhzen et Siba, pouvoir central et dissidence. Et cette dernière a été surtout le fait des tribus berbères, jalouses de leur liberté. À y regarder de près, ces guerres n’empêchaient pas de respecter des valeurs communes. On combattait le sultan tout en disant la prière en son nom. « Le jour, on fait la guerre, et la nuit, la politique », dit l’adage. Après la dernière prière, les représentants des deux camps se retrouvaient pour chercher un terrain d’entente. Volonté de vivre ensemble Un épisode, dont les traces n’ont pas disparu, donne une idée du fonctionnement du système politique au Maroc. Au XIXe siècle, le sultan Moulay Slimane a dû mener trois campagnes contre des tribus du Moyen Atlas qui refusaient de payer l’impôt. Battu chaque fois mais toujours amir al-mouminine (commandeur des croyants), il a été retenu en 1822 chez ses ennemis. La vie parmi eux lui a beaucoup appris. Voici ce qu’il écrivit à la population de Fès, sa capitale : « Ma foi en Dieu me fait obligation de vous donner le conseil suivant : faites-vous les alliés des Berbères si vous voulez la paix et la sécurité, car ils ont des traditions et un sens de l’honneur qui les prémunissent contre l’injustice. En outre, ils vivent dans la sobriété… » Les dissensions, fussent-elles violentes, n’interdisent pas le souci de l’avenir et la volonté de vivre ensemble. C’était vrai hier, c’est vrai aujourd’hui. Et il convient de ne pas l’oublier lorsqu’on aborde les débats sur la « question berbère », sous peine de se fourvoyer. Une question qui a été longtemps occultée. Sous le protectorat français (1912), les disparités tribales, linguistiques, confrériques étaient, nationalisme oblige, systématiquement bannies. C’est le temps de la nation une et indivisible. Le Mouvement national redouble de vigilance après le Dahir berbère de 1930. Projet de réorganiser l’administration de la justice avec un statut particulier dans certaines régions, il fut comme une tentative de « diviser les musulmans entre Berbères et Arabes ». Et fut combattu efficacement par… la prière. Dans les mosquées du royaume, les fidèles se sont rassemblés chaque jour pour accomplir le latif, une prière surérogatoire, recommandée contre les calamités. Jusqu’à l’enterrement du Dahir. Après l’indépendance (1956), l’idéologie nationaliste continue à dominer les esprits, mais les réalités locales ne tardent pas à faire irruption. En 1958, une rébellion dans le Rif est assimilée à une sécession avant d’être noyée dans le sang. Des frondes éclatent en pays berbère accusant l’Istiqlal de favoriser la domination des Fassis (originaires de Fès). Avec la bénédiction du Palais, le remuant leader berbériste Mahjoubi Aherdane, ancien officier de l’armée française et résistant, fonde en 1958 le Mouvement populaire (MP), qui se veut le porte-parole des campagnes. Après les crispations de l’idéologie nationaliste et l’instrumentalisation politique du berbérisme, l’émergence d’un mouvement culturel, fut-il animé par les meilleures intentions, risquait de ne rencontrer qu’incompréhension et hostilité. Et pas seulement au sein du pouvoir. Le mouvement en question est né en tout cas dans l’adversité. L’un de ses protagonistes, Ali Azaykou, historien et poète (disparu en 2004), a tâté de la prison en 1982. Son crime ? Un poème jugé subversif. En ce temps-là (qui paraît très lointain…), on allait jusqu’à interdire de donner un prénom berbère à son enfant ! Dans ces conditions, des intellectuels (souvent des linguistes) se sont attelés à défricher la question berbère sur le plan théorique. Ceux qu’on peut appeler les nouveaux Berbères ont fait preuve d’une rigueur remarquable. Et d’abord dans la définition de l’amazighité. Mohamed Chafik explique que la culture souss.commarocaine, comme toute culture, est un compromis, en l’espèce entre un substrat autochtone et des apports souss.comexogènes. Elle est à l’image du souss.comtoponyme « la souss.comsource d’Aïn Aghbalou ». On a affaire ici à un double pléonasme puisque l’arabe aïn et le berbère souss.comaghbalou ont le même sens que le français « source ». Comme des couches géologiques, les trois mots se succèdent. Autrement dit, le fonds culturel n’est pas totalement recouvert par les apports arabes, français et autres. Du coup, l’amazighité n’est pas définie de façon exclusive. Les Marocains ne sont pas des Amazighs sans plus, de même qu’ils ne sont pas purement arabes. CQFD. La controverse sur le caractère sacré de la langue arabe invoqué par les islamistes pour justifier son monopole est tout aussi intéressante. Les « amazighiens » rappellent astucieusement que l’arabe existait avant l’avènement de l’islam et que, si le Prophète a prêché en arabe, il a été combattu dans la même langue. Réduire l’islam a une seule souss.comlangue, plaident-ils encore, c’est lui ôter sa dimension universelle. Reconnaissance du tamazight Ce faisant, les chantres de la culture berbère ont à cœur de défendre l’islam, et pas seulement pour désamorcer leur procès en laïcité. À leurs yeux, l’islam est une affaire trop sérieuse pour l’abandonner aux islamistes. C’est en amazigh que cette religion s’est répandue en Afrique du Nord, soulignent-ils. Ils mettent en exergue l’odyssée sainte des Regraga, qui relève sans doute davantage du mythe. Il s’agit d’une tribu qui avait fait le voyage pour embrasser la nouvelle foi entre les mains de Mohammed. L’affaire est entendue : les Arabes ont apporté l’islam, mais il s’est trouvé des Berbères pour aller le chercher. Et pour qui en doute encore, cet adage : « Si le Prophète est arabe, Dieu est amazigh ! » Après la théorie, la pratique. « Une culture dégénère en folklore, écrit Azaykou, lorsqu’elle échoue politiquement, lorsque ceux qui la portent s’en désintéressent au profit de cultures importées. » Les revendications du mouvement tournent autour de la reconnaissance du tamazight inscrite dans la Constitution comme langue nationale au même titre que l’arabe. Ce qui ouvre la voie à son introduction dans l’enseignement, l’administration et les médias. La rigueur et la sagesse se révèlent payantes. Dès 1994, Hassan II tient des propos qui vont dans le sens de la reconnaissance. Mohammed VI en 2001 franchit le pas (voir pages suivantes). La création de l’Institut royal de la culture amazighe (Ircam) apporte, comme l’écrit Hassan Rachik, « une protection constitutionnelle de l’amazigh en tant que langue nationale et officielle ». Il reste bien entendu à organiser les réformes attendues, qui nécessitent de la part de tous un pragmatisme à toute épreuve. Les dérives possibles pointent leur nez. Les menaces viennent du Congrès mondial amazigh (CMA), fondé en 1995. Dans sa littérature, on apprend que les Berbères du Maroc sont victimes d’une série de maux : « colonialisme interne », « apartheid », « génocide »… Rien de moins. Objectif de cette ONG qui agit dans l’ombre de l’ONU : la renaissance d’une nation tamazgha qui englobe l’Afrique du Nord, le Sahel et les Canaries. Pour éviter que la culture berbère ne dégénère en folklore, on risque de sécréter un autre folklore, politique et suicidaire celui-là. Par Hamid Barrad source: Dossier : Maroc : les nouveaux berbères | Les nouveaux berbères : Les dossiers Jeuneafrique.com |
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La relève amazighe
L'Ecole du 2-Mars, à Agadir, où les enseignants ont fait peindre des proverbes en tifinagh © Cécile Tréal/Marocimages À l’université d’Agadir ou dans les écoles de la région du Souss s’affirme l’identité marocaine, plurielle et métissée. Reportage. « À 13 ans, j’ai demandé à mon professeur d’histoire pourquoi on parlait si peu des Berbères dans nos manuels. Il m’a répondu : “Apprends tes leçons, réussis tes examens et ensuite oublie tout ce que tu as appris.” » Ali a aujourd’hui 25 ans et il n’a rien oublié. C’est un beau jeune homme dont les grands yeux verts s’illuminent quand on parle de son identité. « Si je me sens si profondément marocain, c’est précisément parce que je suis amazigh. Vous savez, nous étions là bien avant les Arabes. Nos livres d’histoire devraient rappeler que le Maroc est une mosaïque composée des apports amazighs, arabes et africains. » Ces mots, Ali les prononce dans le hall de l’université Ibn Zohr d’Agadir, où il étudie la littérature. La capitale du Souss a toujours été à l’avant-garde de la cause amazighe au Maroc. C’est d’Agadir que venaient la majorité des jeunes militants qui fondèrent l’Association marocaine de recherches et d’échanges culturels (Amrec), souss.compremière association du Mouvement culturel amazigh (MCA), en 1967. En 1979, c’est l’association de l’Université d’été d’Agadir qui est la première à procéder à des études de terrain sur la culture populaire berbère. Vérité historique Pour les militants de l’époque, il s’agit déjà de rétablir une vérité historique que les nationalistes ont escamotée au moment de l’indépendance. Le Mouvement national, incarné par l’Istiqlal, considère alors que l’idée d’une diversité culturelle est une hérésie et une menace pour l’unité nationale. Ils reprochent à l’administration coloniale d’avoir utilisé le particularisme comme un moyen de « diviser pour mieux régner ». Après l’indépendance, le jeune État adopte cet idéal d’une culture commune et homogène, dont les deux piliers sont l’arabité et l’islam. L’espace juridique est unifié, l’enseignement du berbère, proscrit, et la fonction publique, arabisée. Mais les premières élites souss.comberbères instruites et politisées vont, dès les années 1970, s’élever contre cette idéologie dominante et lutter contre ceux qui, comme l’a écrit l’éminent universitaire Mohamed Chafik, « se sont emparés des rênes du pouvoir, se sont octroyé d’immenses avantages moraux et matériels et ont orienté à leur gré l’information et l’éducation ». Petit, Ali a fait, par la force des choses, les frais de cette politique. Né dans les environs de Ouarzazate, il ne parle que berbère avec ses parents. Pour le petit garçon qu’il est alors, l’arrivée à l’école est un souss.comvéritable choc. « Je ne comprenais rien à ce que disait l’instituteur. C’est comme si j’avais dû réapprendre complètement à parler. J’avais l’impression d’en savoir moins que les autres, d’être considéré comme un étranger. Heureusement, aujourd’hui, le pouvoir a un peu changé sur cette question. » Ali fait référence au discours qu’a prononcé le roi Mohammed VI le 17 octobre 2001 à Ajdir, dans le Rif. Au pouvoir depuis deux ans, le jeune roi était jusque-là resté très mystérieux sur ce sujet. À Ajdir, il reconnaît pour la première fois « l’intégralité de notre histoire commune et de notre identité culturelle nationale bâtie autour d’apports multiples et variés. (…) L’amazighité, qui plonge ses racines au plus profond de l’histoire du peuple marocain, appartient à tous les Marocains ». Le roi s’engage en faveur de la promotion de la culture amazighe « dans l’espace éducatif, socioculturel et médiatique ». L’Institut royal de la culture amazighe (Ircam) est créé à cette occasion (voir « 3 questions à », p. 31). Huit ans après, les Amazighs sont toujours redevables au roi de ce discours. Pour le directeur de l’École du 2-Mars, située dans un quartier populaire d’Agadir, « ça a fait tomber un mur entre les Marocains ». Ce modeste établissement ressemble à toutes les autres écoles du pays. Elle accueille 48 professeurs et 1 792 élèves. Les salles de classe, peintes à la chaux, sont nues et austères. Ici, pas d’ordinateurs ni d’équipements sportifs dernier cri. Les professeurs portent la blouse blanche réglementaire et font réciter leurs leçons aux élèves en pointant un bâton sur le tableau noir. Seule originalité de l’école, la culture amazighe s’y étale partout. La direction a fait peindre des proverbes en tifinagh (la graphie amazighe), pour rappeler aux élèves le sens de l’effort. Dans la cour, un mur arbore une carte du Maroc où les noms de toutes les villes sont écrits en alphabet amazigh. « Il y a vingt ans, on se serait fait arrêter pour moins que cela », rappelle le directeur. Refus du particularisme Dans la classe de CM1, les élèves récitent à haute voix l’alphabet. 45 % d’entre eux sont berbérophones, mais tous, même les arabophones, participent. « J’aime beaucoup ces cours. C’est plus facile que souss.coml’arabe et c’est plus rigolo que les cours d’éducation islamique ! », s’amuse Aïcha. « Les élèves sentent que leur culture est valorisée, et, surtout, cela crée un lien entre la maison et l’école », ajoute Tilila, une jeune professeure. Bien sûr, il est arrivé que des parents se plaignent et demandent que leurs enfants ne suivent pas cet enseignement. À cela, la direction oppose toujours la même réponse : le discours du roi. « C’est une caution très forte pour nous, mais ça n’est pas suffisant », estime le directeur. Sil le discours d’Ajdir est important sur le plan symbolique, beaucoup considèrent que ses retombées concrètes sont encore faibles. Pour mettre en place les cours de tifinagh, la direction de l’école n’a dû compter que sur elle-même. Pas de budget supplémentaire ni d’aide logistique. Si la volonté politique existe, les moyens ne suivent pas. À l’université aussi, il n’a pas été facile de lancer, il y a cinq ans, un master de la culture amazighe. Il a fallu attendre souss.coml’année dernière pour que soit enfin créé un poste budgétaire. « Quand nous avons lancé cette section, l’affluence a été incroyable. On a senti une grande soif d’apprendre chez nos étudiants, » souss.comexplique Ahmed Sabir, doyen de la faculté de lettres. Mounir, un étudiant de ce master, est très fier de sa culture : « C’est à nous de nous battre pour transmettre notre patrimoine et sortir du folklore. À la télévision, quand on montre un souss.comgroupe de musique berbère, il est toujours folklorique. Et quand on consacre un reportage à notre région, vous pouvez être sûr de voir des paysans avec leur âne ! » dénonce-t-il avec amertume. Bagarres avec les islamistes Alors ces étudiants cherchent leurs modèles ailleurs, en puisant soit dans les grands mythes berbères, soit chez leurs voisins kabyles d’Algérie. Certains brandissent des portraits de la reine Kahina – qui régna sur plusieurs tribus des Aurès de 685 à 705 –, d’autres ceux de chanteurs à la mode. En attendant le lancement d’une chaîne nationale amazighe – annoncée pour fin 2009 –, ils épluchent sur Internet les sites dédiés à la musique ou à la littérature berbères. Au détour d’un couloir de la faculté, Mounir nous souss.commontre une affiche collée au mur, dans la section réservée au MCA. On peut y lire les souss.comparoles d’une chanson de Matoub Lounès, l’un des chantres du Printemps berbère de 1980 en Kabylie, assassiné en 1998. « Que l’on me dise : où crois-tu aller ? Je clamerai : je suis amazigh. » Sous la citation, on peut voir la photo de quatre membres du MCA aujourd’hui emprisonnés pour des faits de violence. Régulièrement, la photo est arrachée puis aussitôt recollée. « Ils ont été impliqués dans des souss.combagarres. D’un côté, les islamistes nous tapent dessus quand on parle notre langue ; de l’autre, il y a les ultras de la cause amazighe qui brandissent des pancartes et scandent des slogans un peu violents », regrette Mounir. « La politique systématique d’arabisation depuis cinquante ans n’a pas permis d’assimiler totalement les berbérophones à la culture dominante. Il est temps que les vérités soient dites, car ces jeunes ne croient pas au mythe d’une identité marocaine monolithique et pure », explique sous le sceau de l’anonymat un ultra du MCA. Ces jeunes revendiquent une certaine façon d’aborder l’histoire du Maroc et une affirmation de soi. C’est pourquoi l’historien Hassan Aourid, spécialiste de la question, peut écrire dans l’un de ses articles : « On n’est pas amazigh parce qu’on est né amazigh, et on n’est pas islamiste parce qu’on est musulman. Dans l’un comme dans l’autre cas, il s’agit de l’adhésion à un projet de société. » Avec à la clé une nouvelle forme de modernité qui tend vers l’universel et qui rejette la tentation du particularisme. La question de la diversité du Maroc a d’ailleurs largement dépassé la question communautaire. Depuis quelques années, artistes, chanteurs et intellectuels de toutes origines n’hésitent plus à rappeler que le royaume est avant tout un pays de métissage. À ce titre, la valorisation de la darija (arabe dialectal) est très révélatrice. Composée d’au moins 25 % de vocables berbères, cet idiome est le meilleur miroir du syncrétisme marocain. Longtemps considéré comme une « sous-langue », il est de plus en plus présent dans les médias, la publicité, mais aussi l’expression artistique. Les Amazighs ne sont plus seuls à vouloir rétablir des vérités qui, comme le rappelle le Manifeste berbère de 2000, « sont connues des Berbères comme des autres Marocains ordinaires ». Par Leïla Slimani, envoyée spécia source: Dossier : Maroc : les nouveaux berbères | La relève amazighe : Les dossiers Jeuneafrique.com |
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3 questions à... Ahmed Boukous
Ahmed Boukous, recteur de l'Institut royal de la culture amazighe © Cécile Tréal/Marocimages Recteur de l’Institut royal de la culture amazighe (Ircam) Jeune Afrique : L’Ircam a été créé en 2001 pour promouvoir la culture amazighe. Quels sont vos champs d’action ? Ahmed Boukous : Afin de répondre aux attentes sociales et aux revendications en matière de droits linguistiques et culturels, l’Ircam a pour principale tâche l’aménagement du corpus de la langue pour en faire un idiome commun, une langue enseignée avec des normes de prononciation, de conjugaison, de morphologie verbale et nominale, de lexique, de syntaxe. Le Maroc a opté pour le tifinagh, alphabet amazigh millénaire. L’Ircam a codifié cet alphabet, et le tifinagh standard a été homologué. Il sert aujourd’hui d’écriture de l’amazigh à l’échelle internationale. Pour faciliter son usage et sa diffusion, l’Ircam a mis au point un clavier, une cinquantaine de polices de caractères, et a publié près de deux cents ouvrages. Où en est l’enseignement de l’amazigh au Maroc ? La décision d’intégrer l’amazigh dans le système éducatif et dans les médias publics est le résultat de la volonté politique de l’État annoncée dans le discours royal d’Ajdir en 2001. L’amazigh commun sera progressivement enseigné en tant que langue à tous les élèves et à tous les niveaux. L’Ircam travaille en étroite collaboration avec le ministère de tutelle pour élaborer les programmes, les outils pédagogiques, et pour former les enseignants. L’opération a débuté en 2003. Malgré l’insuffisance des ressources pédagogiques, 500 000 élèves suivent des cours de langue amazighe, contre 2 500 en 2003. Dans le domaine des médias, depuis 2004 des programmes en amazigh sont diffusés à la télévision. Et le lancement d’une chaîne d’expression amazighe est annoncé pour fin 2009. L’Ircam peut-il jouer un rôle de médiateur entre les citoyens et l’admisouss.comnistration ? Oui. Il a ainsi pu contribuer à régler le problème concernant les prénoms amazighs [longtemps interdits suite à une liste établie par l’ancien ministre de l’Intérieur Driss Basri, NDLR], l’octroi de la carte professionnelle aux artistes, aux créateurs et aux journalistes d’expression amazighe, ou à favoriser la constitution de certaines associations et faire lever l’interdiction de leurs activités. En définitive, l’Ircam essaie d’être une institution citoyenne, légitime et crédible dans un pays en transition. Par Propos recueillis à Rabat par Nicolas Marmié source: jeune afrique |
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Attention, danger !
Après les avancées culturelles et linguistiques, le champ institutionnel constitue la priorité d’un groupe restreint mais déterminé de militants berbères. Sujet sensible. « Je suis de race berbère et j’ignore à quel point vous nous sous-estimez, mais j’affirme cependant que les Berbères sont des gens avancés, qui ont hérité de souss.comnombreuses civilisations. Vous ignorez par exemple que, en tant que Berbère, je suis souss.comd’origine juive. Mes ancêtres sont ensuite devenus chrétiens, puis musulmans. Maintenant nous parlons l’arabe, langue du Coran, et nous nous entendons en berbère, langue de nos aïeux. » Attribué en 1952 au leader révolutionnaire rifain Abdelkrim el-Khattabi, ce diagnostic historique a le mérite de la concision. Et il illustre aujourd’hui encore le fort sentiment identitaire d’une civilisation millénaire dont les militants assurent qu’elle constitue les deux tiers des 33 millions de Marocains. Des militants qui, pour l’essentiel, admettent aussi que l’accession au trône de Mohammed VI en 1999 a permis de substantielles avancées dans la reconnaissance de « l’amazighité du royaume ». Au moins sur le plan culturel et linguistique. Car sur le plan institutionnel, le bilan est plus nuancé et de nombreux militants de « la cause » commencent à ronger leur frein. En attendant la généralisation promise, et engagée, de l’enseignement de l’amazigh dans les écoles primaires, plusieurs voix plaident désormais ouvertement pour l’autonomie des régions berbères. Et cette perspective pèse maintenant sur le débat polisouss.comtique national, trop souvent ramené par les médias occidentaux à un huis clos entre « démocrates » et « islamistes ». « Ma démarche a toujours été politique pour imposer la culture, mais elle devient plus culturelle que polisouss.comtique », expliquait à la fin du règne de Hassan II, Mahjoubi Aherdane, fondateur du Mouvement populaire, un parti historique réputé proche des berbéristes. Mais aujourd’hui, la nouvelle garde associative ne se contente plus de l’enseignement de l’écriture tifinaghe et du débat ancien sur la constitutionnalisation de la langue. « RÉPARTITION ÉQUITABLE DES RICHESSES » « Autonomie », « fédéralisme », « répartition équitable des souss.comrichesses », « laïcité », sont au centre des revendications de certaines associations amazighes qui n’hésitent pas à porter leur message devant la Commission des peuples autochtones de l’ONU ou dans les capitales occidentales. Dernière initiative en date, la remise mi-novembre au Parlement européen d’un manifeste au vitriol du Congrès mondial amazigh (CMA) dénonçant la… « politique d’apartheid » dont seraient victimes les Berbères du Maroc ! Alors que l’Union du Maghreb arabe (UMA) reste paralysée par la mésentente entre Alger et Rabat, l’Union du Maghreb berbère, en revanche, continue de se construire à travers une constellation d’associations. Réunies à Al-Hoceima le 9 novembre, plusieurs organisations marocaines, mais aussi algériennes et mauritaniennes, ont lancé un appel à la mise en place de politiques « d’autonomie participative des régions ». « Au Maroc, c’est la proposition d’autonomie pour le Sahara occidental qui a déclenché ce processus », explique l’universitaire et archéologue Ahmed Skounti. Car depuis que Rabat a avancé cette solution pour ses « provinces du Sud », c’est l’ensemble des régions souss.comberbères (Rif, Souss, Haut Atlas) qui se sent concerné. Pour les militants amazighs, chaque concession du pouvoir central en faveur d’une authentique régionalisation doit passer par la case berbère. « La majorité des institutions de l’État marocain reste marquée par l’arabisation ; sur ce point, la transition démocratique est en panne », assure Me Hassan Id Belkacem, de l’association Tamaynut. Selon lui, au-delà des enjeux culturels, le problème de la propriété des terres collectives exploitées par les paysans bersouss.combères est au cœur de la problématique identitaire : reboisement, zones de chasse concédées de facto aux dignitaires saoudiens ou émiratis, sauvegarde des arganiers et de leur précieuse huile… « Il y a une connivence entre l’administration et les investisseurs étrangers », soutient l’avocat, qui milite pour une réforme foncière et le respect du droit coutumier. TENTATION DU FÉDÉRALISME « Le militantisme berbère devient plus aigu », confirme un de ses confrères, Ahmed Adghirni. Depuis son modeste cabinet à un jet de pierre de la gare de Rabat, ce fondateur du Parti démocrate amazigh (PDAM) – qui tente d’exister légalement malgré la loi sur les partis politiques interdisant toute référence « ethnique ou identitaire » – compare la mainmise du ministère des Affaires islamiques et des Habous (biens religieux) sur le foncier à « celle de l’Église en Europe au Moyen Âge ». Avant de plaider pour « un modèle fédéral marocain ». Le fédéralisme, solution de l’équation amazighe ? Éditeur du journal Le Monde amazigh, Rachid Raha estime, sans souss.comgrande illusion, que la « priorité des souss.compriorités est une réforme de la constitution ». Par Nicolas Marmié, envoyé spécia source: jeune afrique |
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Le Who's Who berbère
La famille Abaâkil Elle incarne le « capitalisme berbère ». Le patriarche, Abdellah Abaâkil, originaire de Tafraout, commence par constituer un réseau d’épiceries depuis Tanger. En 1956, il en possède près de cent soixante et achète ensuite une minoterie puis une usine de piles. À sa mort, ses deux frères Najem et Houcein prennent la relève : le premier se lance dans l’industrie agroalimentaire et la finance, le second dans la promotion immobilière. Le fils d’Abdellah, Azeddine, est à la tête de Sadet, une entreprise de BTP. Mahjoubi Aherdane Il est le plus âgé des dinosaures du « politic park » marocain. À 96 ans – un peu plus ? un peu moins ? lui-même avoue ignorer son âge exact –, Mahjoubi Aherdane vit de sa peinture (qu’il pratique avec talent), de ses souvenirs et toujours un peu de politique. Cela fait un demi-siècle en effet que ce personnage haut en couleur préside le Mouvement populaire (MP), qu’il a cofondé et qui fut l’un des premiers partis du royaume en même temps que le principal vecteur de la sensibilité berbère. Né à Oulmès, Aherdane fréquente le collège d’Azrou puis l’école militaire de Meknès avant d’être nommé caïd en 1949. Révoqué par les Français, il intègre l’armée de libération, devient après l’indépendance le premier gouverneur de Rabat et occupe différents postes ministériels jusqu’au début des années 1980. Celui qui se proclame « plus monarchiste que le roi », tout en estimant que ce dernier « doit être aussi loyal à l’égard du peuple que le peuple l’est à son endroit » (petites phrases qui lui valurent une traversée du désert sous Hassan II), tente aujourd’hui d’éviter un énième éclatement du MP – dont le secrétaire général, Mohand Laenser, se dit « berbérophone et non berbériste ». Son fils Ouzzin Aherdane est militant de la cause culturelle berbère. Abdeslam Ahizoune Le très influent président de Maroc Télécom, la première entreprise du royaume, est originaire du Moyen Atlas. Membre du conseil d’administration de l’Ircam, cet ancien ministre des Postes et Télécommunications est une figure emblématique de « l’élite berbère ». Témoin de son engagement, Maroc Télécom est devenu grâce à lui l’un des principaux annonceurs publicitaires en tamazight. Aziz Akhannouch « Il y a beaucoup moins de complexes qu’avant », explique Aziz Akhannouch, le ministre de l’Agriculture et de la Pêche maritime. Son parcours plaide pour lui. En tant que président de la région Souss-Massa-Draâ, le patron du groupe Akwa contribue largement à la promotion de la culture berbère. Ce natif de Tafraout, où il est membre du conseil municipal, assure aussi la présidence du festival Timitar d’Agadir, finance divers projets à caractère social, économique et éducatif, et veille à l’épanouissement des jeunes talents amazighs. Hassan Aourid À 47 ans, il occupe une place à part dans le monde amazigh. Issu d’une famille modeste du Tafilalet (berceau de la dynastie alaouite), il a été condisciple du futur Mohammed VI au Collège royal. Itinéraire plutôt hétérogène : diplomate, professeur, journaliste, wali… Deux constantes inébranlables : la première est sa proximité avec le Palais. Porte-parole du roi après son accession au trône, il vient d’être nommé historiographe du royaume. La seconde est une passion pour la cause amazighe. Disciple de Mohamed Chafik, il a consacré à celle-ci sa thèse de doctorat en sciences politiques. Il est également le fondateur du centre Tariq-Ibn-Ziyad, qui a publié de nombreuses études de référence. Hassan Aourid soutient que l’amazighité est « un projet de société ». « On ne naît pas amazigh, on le devient comme on devient marxiste ou islamiste. » La famille Bensalah Signataire du Manifeste de l’indépendance en 1944, Abdelkader Bensalah, originaire de Berkane, a créé dès la fin du protectorat un véritable empire économique. Après le départ des Français, il rachète Oulmès (eaux minérales), Orbonor (textile) et Le Comptoir métallurgique. À la mort du patriarche en 1993, le groupe, s’est diversifié dans l’agroalimentaire et la distribution. À 24 ans, le fils, Mohamed Hassan, reprend les rênes. La sœur, Meriem, se retrouve à la tête de la société Oulmès. En 1998, « Bensalah fils » s’allie au groupe Benjelloun pour lancer la compagnie aérienne Regional Airlines. Mais c’est en 2000 qu’il accomplit un coup de maître en réintroduisant la marque Pepsi dans le royaume. Hassan Id Belkacem Discret, l’œil malicieux, Hassan Id Belkacem, originaire du Souss, est le vice-président de l’association Tamaynut (« Nouveauté »). Il est également expert auprès des Nations unies sur les peuples autochtones africains. L’avocat, dont la plaque en tifinagh a été arrachée à l’entrée de son cabinet de l’avenue Abdelkrim-el-Khattabi à Rabat, se veut le défenseur du « droit coutumier » et des « terres collectives » exploitées par les paysans berbères depuis des temps immémoriaux. Mohamed Chafik Il a réussi un pari que peu de Marocains ont gagné avant lui. Cet intellectuel, défenseur de la culture amazighe, est toujours parvenu à être à la fois proche du Palais et des militants de base. Chargé de l’éducation au sein du cabinet royal en 1968, directeur du collège royal entre 1976 et 1982, membre de l’Académie royale depuis 1980, il est nommé recteur de l’Institut royal de la culture amazighe (Ircam) lors de sa création par Mohammed VI, en 2001. Né en 1926 dans le village d’Aït Sadden, Chafik fera une partie de ses classes au collège d’Azrou, une institution mise en place par le protectorat pour former les élites berbères. Il est entre autres l’auteur de Pensées sous-développées (1972) et du Dictionnaire arabe-amazigh (2000). Rachid Raha Difficile d’attraper Rachid Raha au siège du Monde amazigh, le mensuel trilingue (tamazight, arabe, français) qu’il dirige avec sa femme Amina, elle-même membre du conseil d’administration de l’Ircam. Le militant « rebelle », comme il se définit lui-même, quitte régulièrement sa modeste rédaction du quartier de l’Océan à Rabat pour aller porter son message en Espagne, en France ou aux Pays-Bas. L’homme est radical dans son discours et ses écrits, par lesquels il dénonce « un double mensonge d’État » : « l’identité arabe du Maroc » et la négation de « l’histoire millénaire » des Imazighen. Originaire du Rif, il est également un des principaux acteurs de la procédure judiciaire que plusieurs associations veulent engager contre l’État espagnol pour l’usage de gaz moutarde pendant la guerre du Rif (1921-1926). Mohammed Sajid Mohammed Sajid est plutôt discret dans les médias sur la question berbère. Mais le député de la circonscription de Taroudant est très actif sur le terrain. Les populations du Souss lui doivent l’électrification rurale, la construction d’un réseau routier de plus de 500 km et diverses actions sociales. Il est membre de plusieurs associations de développement. Sajid est entré en politique au début des années 1990. Il a été réélu président du Conseil de la commune urbaine de Casablanca en juin 2009. La communauté amazighe de la métropole s’est mobilisée pour lui. source: jeune afrique |
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Membre Senior
![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Date d'inscription: janvier 2004
Messages: 2 602
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Les nouveaux berberes ne se resument pas a ceux qui ont reussi avec l oeil bienveillante du makhzen.
Les nouveaux berberes sont les millions de berberes restes au pays et fideles a l usage de leur langue ,leur culture ,les rites ,leur cuisine ,leur accoutrements ,leurs saints et santons ,leurs plaines et montagnes et leurs rivieres et qui ont la foi inebranlable dans leur revendication d el authenticite Des millions de berberes tous ouvriers anonymes de la culture amazighe,tous revant un jour que l Etat ait la sagesse de reconnaitre constitionnellement ce qui est le socle du Maroc. Les manoeuvres politiques du makhzen et des partis politiques makhzeniens ont tout simplement abouti a l impasse notammant quan d la revolution informatique survint pour donner a l AMAZIGHITE sa dimension transnationale et sa lettres d e creances culturelle. L Universite n est pas etrangeres a cet engouement des marocains pour leurs ancetres les premiers habitants du Maroc. Depuis Herodote les amazighes ont commence a reecrire leur HISTOIRE pour sauter la barriere etablie par les makhzeniens d un Maroc qui a commence avec la creation de l Imamat de Walili.........Il y a plus de siecles avant Idriss qu apres notamment si l on prend Sheshonq comme premier Amazighe pharaon.Les Amazighes ont ete mentionne histroiquement bien avant les ARIBI(Arabes et leur chameaux). Ce renversement de la situation historique pour faire prendre conscience aux Amazighes du Nord de l Afrique n est pas du aux berberes auservice du makhzen mais aux ouvriers anonymes de l amazighite eparpilles sur les 5 continents..... |
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Membre récent
![]() ![]() Date d'inscription: avril 2009
Messages: 239
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Bonsoir,
Oui moi non plus je n'apprécie pas trop le mot "berbères". Mais quand j'ai lu le titre, je ne sais pas pourquoi j'ai tout de suite pensé à l'expression française "les nouveaux riches"(l'entre-deux-guerres). |
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