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Re : Les amazighs : Leur contribution à l’élaboration des cultures méditerranéennes
L’historien Hérodote (484-425 av. J. C.) les considérait comme le peuple du monde qui « jouit du meilleur état de santé », surclassant en ce domaine les Egyptiens et les Grecs eux-mêmes (Hérodote, L. II parag. 77 p. 199). « Le costume et l’égide qu’on voit en Grèce aux statues d’Athéna, ajoute-t-il, sont inspirés des vêtements des Libyennes….. Atteler à quatre chevaux est encore un usage passé des Libyens à la Grèce » (Hérodote, L. IV, parag. 189, p. 444). L’écrivain latin, Pline l’Ancien (23 – 79) nous signale que les Grecs attribuaient la fondation de Tanger (Tingi) au géant de leur mythologie Antaios (Antée) (Pline, L. V, parag. 2, p. 45), et que Grecs et Libyens de Cyrène allaient ensemble en pèlerinage au temple d’Amoun à Siwa (Pline, L.V, parag. 31, p.60 et commentaire p. 351). Athena la vierge, Athena la déesse guerrière protectrice d’Athènes, Athena la déesse de l’intelligence, est elle-même née en Libye au bord du lac Triton (Rossi, p. 82). Les Berbères Garamantes étaient des descendants du dieu Apollon lui-même, aux yeux des Hellènes (Gaffiot, p. 703). Platon, le philosophe, n’aurait jamais pu fonder son Academia, s’il n’avait été racheté et libéré par un Libyen, quand il a été fait prisonnier et vendu comme esclave (Rossi, p. 119). Il est de notoriété historique, enfin, qu’Alexandre le Grand a dû parcourir 600 km de désert, avec toute son armée et sa suite, pour se faire sacrer roi d’Egypte par les prêtres d’Amon, en son temple de Siwa. Les habitants de Siwa continuent jusqu’au jour d’aujourd’hui à parler tamazight.
Il y a lieu de penser, à partir de ces données, que les Grecs savaient pertinemment que leur civilisation était la fille de celle de l’Egypte et de la Libye. Les historiens français Jean Servier et Pierre Rossi ont développé ce sujet, le premier en ce qui concerne les Berbères, et le second en ce qui a trait à l’influence de l’Egypte sur la Grèce. Je reviendrai tout à l’heure sur la question des liens entre Amazighes et Egyptiens, comme je l’ai déjà annoncé. C’est aussi sur la rive libyenne de la Méditerranée que les Berbères ont cohabité, ou simplement voisiné, avec ces autres marins commerçants qu’ont été les Phéniciens. Avec le consentement mielleusement extorqué aux autochtones, ces derniers sont parvenus à fonder de nombreux comptoirs sur les côtes nord-africaines, dont quelques unités sur les côtes atlantiques du Maroc. L’un de ces comptoirs, fondé en 814 av. J. C., est devenu au fil des siècles une riche et puissante cité marchande : Carthage, dont l’influence culturelle s’est exercée sur les Imazighen, jusqu’en 146 av. J. C., année de sa destruction par les Romains, et même au-delà de cette date. Tout un chacun sait par ailleurs que les Romains, maîtres de tout le bassin méditerranéen, ont colonisé progressivement les zones côtières de l’Afrique du Nord et une partie de leurs arrière-pays, entre 146 av. J. C. et 430 ap.
J. C.. les Byzantins, qui leur ont succédé, après un intermède d’un siècle environ durent se cantonner dans un petit nombre de ports méditerranéens. Puis vient l’invasion arabe, dotée d’une idéologie combative et fortement motivante tant du point de vue eschatologique que du point de vue économique ; et c’est l’islamisation des Berbères, une islamisation qui a connu bien des pérépities, mais qui a pu malgré tout agir en profondeur, sur le long terme. De toutes ces vicissitudes de l’histoire, il a résulté que les élites amazighes se sont diversement acculturés, et ont richement contribué à l’élaboration des grandes cultures méditerranéennes. Le premier phénomène qui a résulté de la cohabitation des Berbères avec d’autres peuples méditerranéens, c’est le bilinguisme, voire le trilinguisme. Il est permis de dire qu’en toute période historique l’élite amazighe des zones pénétrées par les cultures étrangères a été au moins bilingue, avec les avantages, mais aussi les inconvénients que cela suppose.
Le bilinguisme des meilleurs n’a-t-il pas été la cause directe d’une certaine stagnation de la langue amazighe ? En revanche, les Berbères peuvent s’attribuer le mérite d’avoir influencé la culture punique, puisque la déesse protectrice de Carthage, Tinnit, appartenait au panthéon amazighe.
A en juger par ce que nous rapporte Silius Italicus (p. 8) sur la visite du jeune Hannibal à un temple carthaginois, les prêtresses de Tinnit étaient surtout des Amazighes qui s’imposaient par leur fougue et leur verve. Pline (Parag. 24, p. 56) et d’autres historiens anciens nous disent que les habitants de la région de Carthage, le Byzacium, et des villes côtières de Numidie étaient nommés Libyphéniciens. Ce sont justement ces Libyphéniciens qui ont fourni l’essentiel de l’équipage du fameux périple d’Hannon (Gsell, T.I, p. 478). Signalons, pour finir, que l’historien Georges Marcy, dans l’introduction à sa thèse, invite les chercheurs à utiliser le berbère, langue vivante, pour décrypter le punique, langue morte, plutôt que de procéder inversement (Marcy, p. 16). Et, si nous n’avons aucune trace de productions amazighes en punique, c’est que « la civilisation punique n’a produit ni savants, ni poètes, ni penseurs ; du moins l’histoire n’en connaît pas » (Gsell, T. IV, p. 125). Des productions intellectuelles individuelles dues à l’esprit amazighe, en langue grecque, il nous reste les traces d’un ouvrage écrit par Juba II, en trois livres, intitulé « Libyca », dont la perte « nous cause beaucoup de regrets » (Gsell, VIII, p. 262). Mais c’est dans la production de Térence (v. 190-159 av. J. C) que le génie inventif amazighe en matière de créativité théâtrale se révéla le mieux. L’influence de Térence s’est exercée sur la production des dramaturges européens jusqu’au XVIIème siècle (Brunel et Jouanny, p. 238). A cet écrivain féru d’hellénisme, mort à l’âge de trente ans, nous devons la fameuse sentence : « Je suis un homme ; de ce qui est humain rien ne m’est donc étranger ». Il voulait dire par là, lui le jeune Africain fait prisonnier de guerre à l’âge de cinq ans et réduit en esclavage, que tous les hommes se valent. Mais bien avant Juba II et bien avant Térence, la simple littérature orale amazighe avait déjà produit des effets sur la pensée grecque. Aristote (384-322 av. J. C.) cite les fables libyennes comme étant un genre littéraire. Lisant cela, on apprend au passage que le poète tragique Eschyle (525-456 av. J. C.) s’était déjà inspiré de ces fables libyennes (Aristote, L. II, p. 104). On peut dire, en résumé, que l’intercompréhension entre Grecs et Berbères semble avoir été totale.
Citons, entre d’autres preuves, le fait que le roi Masinissa était hellénisant, et qu’il a tenu à s’entourer dans sa cour d’artistes et de musiciens hellènes. Les Athéniens de leur côté ont érigé une statue du roi écrivain Juba II, auprès d’une bibliothèque, au cœur même de leur cité. (Gsell, VIII, 251).
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Ur illa kra bla kra ! 
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