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Re : Les amazighs : Leur contribution à l’élaboration des cultures méditerranéennes
Toujours est-il qu’en l’état actuel des choses, le morcellement géographique de l’élément berbérophone à travers l’immensité aux trois quarts désertique du nord de l’Afrique, suggère à l’observateur non averti l’idée que l’amazighité ne peut être, ou même n’avoir été, que minoritaire, à telle enseigne qu’un universitaire moyen-oriental ne s’aperçoit pas de la bévue qu’il commet ainsi : balayant du revers de la main, sur une carte, une large zone désertique et totalement inhabitée, autour d’une oasis amazighophone marquée en jaune, il lance à la cantonade : « Mais voyez comme c’est vaste le domaine de la langue arabe ! ». Aussi est-il utile de signaler que c’est la toponymie qui rend le mieux compte de la vastitude du domaine historique amazighe, et qui en indique les limites de façon suffisamment précise.
Que ce soit au Maroc, en Algérie, en Mauritanie, au Mali, et, à une moindre échelle, en Libye, au Niger, et en Tunisie, c’est grâce au berbère que les toponymistes procèdent au décryptage étymologique de la majorité des noms de lieux, de régions, de fleuves, de montagnes, et de beaucoup de villes. Fès, Mekhnès, Marrakech, Agadir, Tanger, Oujda, Oran, Tlemcen, Tizi-Ouzou, Tunis, Nouakchott, Tombouctou, etc, sont des noms berbères. Cette vaste contrée où prédomine, jusqu’à nos jours, la marque toponymique amazighe, a reçu des anciens Grecs un nom : celui de « Libye » prononcé « Liboué », lequel nom a été employé pour la première fois au IXe siècle av. J. C. par le grand poète Homère, pour désigner le pays « allant de l’Egypte à l’Océan » (Bailly, p. 1190). Empruntée à l’Egyptien, la dénomination « Libye » ne s’appliquait à l’origine qu’à l’une des deux grandes tribus berbères évoluant dans le désert à l’ouest du Nil : les Libué, précisément, et les Temehu. (Document n° I). C’est donc depuis la plus haute antiquité (IXe siècle. av. J. C.) que les Grecs ont nommé « Libyens » l’ensemble des Imazighen. Plus tard ils donneront le nom de Nomadia (Numidia, en latin) à la partie centrale de la Libyê, et le nom de Maurousia (Mauritania, en latin) à la partie la plus occidentale, faisant allusion au fait que c’est elle qui voit se coucher le soleil et naître l’obscurité (Bailly, pp. 1230, 1331). Quant au nom « Africa », il dérive du mot amazighe « afri, ifri » sous lequel était connu l’habitat de populations troglodytes de l’ancienne Tunisie, dont descend la grande tribu Ayt Ifran (Bani Ifran, en arabe).
Ce sont les Romains qui ont utilisé « Africa » pour nommer, au départ, la partie de la Numidie se trouvant dans la mouvance de Carthage. Le mot fera fortune par la suite, puisqu’il finira par devenir le nom de tout un continent. De tout ce continent les anciens Grecs n’avaient donc donné de noms qu’aux deux régions qu’ils connaissaient, à savoir l’Egypte, et l’incommensurable et difficilement et pénétrable patrie des Imazighen, la « Libye » (Document n° II). Cette immense patrie avait, et a toujours, des caractéristiques géographiques bien marquées : une pluviométrie déficiente et irrégulière, ou même absente localement, d’où la rareté de l’eau, une semi-aridité du sol, se transformant en totale aridité plus on va vers le sud, sous l’effet d’une désertification rampante partie du centre du Sahara actuel avant même l’époque historique, et progressant irrésistiblement en direction du nord. Il s’ajoute à cela un système orographique cloisonné. Ce sont ces caractéristiques géographiques de la « Libyé » qui ont façonné et le tempérament et l’histoire amazighes, et ont fait que, dans l’antiquité, il y a eu des Berbères des zones côtières et de leurs arrière-pays immédiats, et des Berbères de l’intérieur des terres, habitants sédentaires en minorité, semi-nomades ou nomades en majorité, évoluant dans les zones montagneuses, les plateaux semi-arides ou, dans le désert autour d’oasis enclavées. Pour des raisons évidentes, seuls les Imazighen des régions voisines ou relativement proches de la mer sont entrés en contact avec les peuples méditerranéens de l’Antiquité, les Grecs, les Phéniciens, les Romains, et les Hébreux, en plus de leurs voisins, les Egyptiens, évidemment ; et seules leurs élites ont pu s’acculturer sérieusement.
Les autres sont restés en réserve, si je puis dire, et ont ainsi pu sauvegarder la culture amazighe proprement dite. Cependant, les premiers partenaires historiques des Imazighen ont bien été leurs voisins les plus proches, c’est-à-dire les Egyptiens. Mais nous en parlerons en dernier, parce que les deux peuples semblent avoir eu beaucoup plus que de simples rapports de voisinage. C’est des Grecs qu’il sera d’abord question Après des frictions, ou même de courtes guerres dues au fait que des colons hellènes sont venus s’installer sur les côtes libyques, face à la Grèce, au IXème siècle av.J.C, il semble bien qu’un modus vivendi ait été assez vite trouvé entre les nouveaux venus et leurs hôtes berbères, dans l’ensemble des cinq cités, les fameuses Pentapolis, appelées à prospérer sur la rive sud de la Méditerranée pendant plus de quinze siècles, du IXème siècle av. J. C., jusqu’au VIIème siècle de l’ère chrétienne. Ecoutons le grand poète grec Callimaque (315-240 av. J. C.) chanter le bonheur de vivre dans la principale de ces cités, Cyrène (Kurênê), au IIIème siècle. av. J. C. :
Grande fut la joie au cœur de Phoibos,
Quand, venu le temps des fêtes Carnéiennes,
Les hommes d’Enyô, les porte-ceinturons,
Firent un chœur de danse parmi les blondes Libyennes.
…………………………………………..……………..
Jamais Apollon ne vit chœur plus vraiment divin !
Jamais le dieu n’accorda tant à nulle cité qu’il fit à Cyrène !
(Callimaque, p. 228)
Et c’est ainsi que nous apprenons, au passage, que les anciens Berbères étaient plutôt blonds, ceux du moins qui cohabitaient avec les Grecs de Cyrénaïque, au troisième siècle avant J. CH. Mais ce qu’il y a de vraiment étonnant, et de paradoxal en apparence, c’est que les Grecs nourrissaient à l’égard des Berbères une profonde vénération.
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Ur illa kra bla kra ! 
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