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Vieux 10/06/2007, 22h35   #2 (permalink)
imal
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Par défaut Re : MCA: Quelques refeléxions sur l'état des lieux

suite:

Opportunités:
1) Internet, conséquence directe (ou cause) de l'avènement de la société post industrielle, a permis de rattraper des siècles d'isolement et de donner naissance à des initiatives jusqu'alors inimaginables tant du point de vue de la répression que du point de vue du manque de moyens financiers qu'il permet de contourner.

2) Le profil bas mené par le mouvement arabiste du fait de sa défaite en Irak devrait permettre au MCA de rompre le blocus fait, avec la complicité des autorités, par les arabo-islamistes entre les Imazighen de religion musulmane et ceux de religion juive ! Il faut renouer et revendiquer (officiellement et ouvertement) les liens millénaires avec nos frères juifs Imazighen et expliquer au monde entier qu'il n'y a en Afrique du Nord que des Imazighen et rien d'autre, à part des Imazighen égarés et abrutis par l'arabisme et qui s'inventent des généalogies fantasques! Il faut dénoncer la politique de solidarité avec les « frères » palestiniens qui permet aux pouvoirs en place au Tamazgha de faire oublier aux masses populaires leurs problèmes réels et en même temps de créer des divisions fantomatiques entre nous, Imazighen juifs, Imazighen musulmans (souvent descendants des premiers), Imazighen arabêtisés en créant des notions aussi absurdes que « Arabes », « Juifs » et « Imazighen » qui seraient censés descendre de planètes différentes! Il faut savoir que si les Imazighen doivent s'intéresser à ce conflit, alors ils doivent avoir la totalité des données du problème et pas seulement la vision tronquée et falsifiée répandue par les médias arabistes.

3) Le mouvement amazigh devrait se donner comme mission de démystifier les préjugés et thèses révisionnistes de l'histoire sur ce thème comme sur l'ensemble du « monde arabe ». Pour cela, il est urgent qu'il se mette en contact permanent avec les élites de ses minorités. Il faut aussi dénoncer tout acte terroriste mené au nom de la « nation arabe » et, comme l'ont fait récemment les minorités syriaques, demander officiellement à toutes les instances internationales de ne plus mêler les Imazighen à cette notion de « monde arabe ». On ne se solidarise pas avec un peuple dont les femmes rêvent que leur fils ou fille aillent tuer des civils ! Il faut renouer les contacts avec nos frères Imazighen juifs vivant en Israël ou ailleurs et chassés du Tamazgha par l'arabo-islamisme (venu de l'Est et imposé par son oligarchie) dont ont été victimes les Imazighen dans leur ensemble.

4) Les différentes guerres du Golfe ont été une opportunité pour le mouvement culturel amazigh, comme d'autres minorités du « monde arabe », d'apparaître au grand jour – aux yeux de la presse internationale - et en particulier après le 11 septembre. Par contre, de toutes les minorités du « monde arabe », les Kabyles ont été les seuls à manifester publiquement leur soutien à la guerre au Golfe ! Les USAs n'ont-ils pas décidé d'en finir (pour des raisons de changement des paradigmes économiques) avec un certain Saddam (d'origine Syriaque: c'est lui qui le dit!) qu'ils avaient placés eux-mêmes il y trente ans ? etc.

5) Paradoxalement, le 11 septembre nous a offert une chance pour POSER le problème en le désignant comme un avant-goût de ce qui pourrait être un jour la norme (beurs désorientés se transformant en terroristes). Le début du desserrage de l'étau au « Maroc » n'a-t-il pas commencé lorsqu’un ambassadeur des USA de la période Clinton a reçu des cadres du mouvement amazigh à Agadir à l'Hôtel Sofitel pour mieux s'informer de leur mouvemen ? Ce n'est pas un hasard ni par amour au tamazight mais simplement à cause du changement de paradigme du système capitaliste. Pas mal de militants Imazighen n'ont aps encore compris que s'ils font face à des problèmes de répression, ils devraient aller rencontrer l'ambassadeur actuel des USAs(4) et expliquer leurs problèmes avec les autorités et ils verraient qui donne des ordres à qui! Ils auraient la preuve par a + b que le tamazight doit beaucoup à l'extérieur.

6) La mondialisation et le libéralisme qu'elle sous-tend devrait permettre des initiatives comme l'ouverture, entre autres exemples de combinaisons entre l'utile et le lucratif, d'écoles privées (où le tamazight pourrait être enseigné) est une bonne idée d'affaire mais aussi une façon de faire avancer les choses. Les technologies modernes du multimédia permettent de faire bien plus et à faibles coûts qu'auparavant. L'avènement d'Internet, qui a permis le grand bon en avant du MCA, permettrait de favoriser et organiser le regroupement des corps de métiers (ingénieurs, architectes, corps médical et para médical, etc…) dans des associations professionnelles qui ne regrouperaient que des amazighophones. La situation idéale serait d'encourager le montage d'entreprises de production artistiques (en connexion avec d'autres entreprises occidentales du même secteur) pour faire de l’argent avec le tamazight ( pour en faire une langue et une culture du pain) ! Le domaine de la World Music offre d'énormes possibilités de profits matériels et culturels à condition de trouver un modèle économique qui ne soit pas incompatible avec le piratage. C'est en donnant un statut international à la culture amazighe qu'elle sera aimée des siens…

7) La collecte de matériaux didactiques à diffuser en Europe et au Tamazgha moyennant payement des personnes qui les auraient collectées et retravaillées, est une des tâches essentielles à réaliser. Le réseau académique européen Volubilis est un exemple (www.volubilis-network.org) et offre une alternative pour les aider à les éditer et à les diffuser. Le Web est devenu le moyen le plus efficace pour sauver le tamazight. S'il y avait un «Akuc» (Dieu) à adorer, ce serait bien lui et il faudrait ouvrir 5 cybercafés pour chaque mosquée. Une au Nord, une au Sud, une à l'Ouest et deux à l'Est… pour endiguer l'influence arabo-islamique.

8) L'existence même d'une Diaspora nombreuse en Europe offre d'innombrables possibilités à la communauté amazighe à condition que sa faible auto-organisation sociale et culturelle puisse être améliorée.

Menaces:
1) En clair, il y a un cercle vicieux qu'il faudra casser, si on veut sauver le tamazight ! Celui-ci consiste en le fait que les autorités occidentales pensent que le politiquement correct est de considérer le Tamazgha comme une annexe de l'Arabie, d'autant plus que les Saoudiens financent (avec leur complicité) les mosquées et les agents intégristes (3) contre du pétrole à des prix intéressants. Arabêtiser les beurs est donc une pratique «naturelle» (et électoralement rentable à court terme) de la part des politiciens comme des médias occidentaux, ce qui rend le contexte impraticable pour des gens qui réclament que l'Europe ou les USAs les aident dans leurs revendications. Pourtant ce sont bien «des Européens» (gouvernements français et espagnols de l'époque coloniale) qui ont enclenché ce processus d'arabisation des Imazighen rebelles (défaites en Kabylie en 1871 et au Rif en 1926), et c'est donc d'ici, dans les conseils d'administrations des multinationales, que se décident les politiques d'arabisation du Tamazgha! Il va alors de soi qu'un changement radical de leur part, même s'il est objectivement inévitable à terme, est difficile à imposer dans un tel contexte médiatique et politiquement hostile comme l'actuel sans une stratégie élaborée et hardie.

2) Bien que les efforts pour la mettre en route soient minimes : les Etats au pouvoir au Tamazgha sont incapables de réaliser correctement une tâche aussi simple que d'appliquer le programme des Instituts officiels, censés « aménager » la langue et l'enseigner, et qu'ils prétendent pouvoir assumer. Sans cette pression et une collaboration matérielle, de l'extérieur, ce projet est illusoire. En fait, le risque est que, en affirmant leur pseudo-volonté tout en freinant ce processus et en le confisquant aux masses populaires concernées, le temps ait finalement raison du tamazight… D'où le danger de se faire bercer par ces illusions : une telle tâche ne peut être réalisée que par une participation active de centaines de milliers de gens. Nous connaissons l'exemple des Kurdes qui ont collecté et travaillé plus de 23.000 berceuses et poèmes par la volonté et la participation de milliers de villageois et villageoises.

3) Le manque d'analyse cohérente de la part de l'élite amazighe risque de coûter cher à l'ensemble du mouvement mais aussi et surtout à cette culture millénaire et à son peuple tout entier (y compris les arabophones comme on l'a vu en Algérie). le Mouvement Amazigh est en train de vivre un tournant décisif pour diverses raisons d'ordre internes ("prise en charge" par le Makhzen de la question amazighe pour mieux la juguler, essoufflement des associations culturelles par manque de moyens et par manque d'analyse et de programme approprié à la nouvelle donne, etc.) comme externes (développement dans les terrains social et politique du mouvement intégriste, changement de politique de l'Occident vis-à-vis des dictatures du Tiers-Monde, etc

4) Or, nous constatons - comme toujours, les changements atteignent la sphère politique avec un certain retard après la situation économique - que les politiciens d'Europe, faute d'une action d'approche et d'explication sérieuse, continuent à feindre d'ignorer cette problématique (en évitant de fâcher ces états fantoches en Afrique du Nord et en Arabie Saoudite ainsi que les mollahs en poste en Europe), tout en jouant la politique pro-palestinienne et pro-arabiste en général quand ce n'est pas pro-intégriste (le fameux « politiquement correct ») pour recueillir les voies électorales des immigrés d'Afrique du Nord qui, malheureusement, dans l'état actuel de leur mode de pensée ont des penchants politiques tournés vers l'Est.

La presse qui présente toujours l'Afrique du Nord comme la succursale de l'Arabie fait aussi pas mal de dégâts en rassurant les politiciens et en participant à l'arabisation de la communauté amazighe et la boucle est bouclée… En fait, nous avons affaire à un cercle vicieux : l'arabisme amène plus d'arabisme. Mais cette situation a des limites car elle génère une délinquance grandissante et le développement de l'intégrisme : les immigrés et leurs enfants sont portés par cette illusion d'être dans le droit chemin d'autant plus que leurs opinions actuelles sont confortées (ou « confirmées ») par cette politique ambiante (pro-arabisme des médias et des politiciens européens amadoués par les pétro-dollars) qui semble leur donner raison. Il faut donc faire quelque chose dans ce sens car c'est le point faible du système : comme le suggèrent les évènements récents (émeutes) les beurs risquent, à terme, d'être incontrôlables! Aucun remède arabisant ou islamisant ne pourra rien y faire sauf à retarder les échéances.

5) Le développement exponentiel des chaînes de télévision par satellites diffusant des programmes en arabe ainsi que les chaînes occidentales dont les vues pro-arabistes des journalistes ne sont plus à démontrer, constitue la cause d'un démantèlement alarmant de la culture amazighe ! Cette donnée pourrait être la cause de sa mort définitive avec des conséquences similaires à l'afghanisation de « l' Algérie » où, comme on le sait, les 200.000 innocents ont été victimes de militants islamistes exclusivement arabophones bien souvent dirigés par des amazighophones (Abassi Madani en « Algérie » et Chiekh Yassine au « Maroc ») ! Sans parler des conséquences sur la diaspora en Occident comme nous l'avons dit plus haut (formation de délinquants et d'intégristes).

6) Le rapprochement de certains en Europe avec des politiciens arabisés et au discours moderniste est un danger pour l'avenir : il sera en effet très difficile de combattre les discours d'arabistes ou d'islamistes sournois qui préparent le terrain en éliminant ainsi la culture amazighe – ainsi que les autres cultures minorisées - des options d'apprentissage et d'éducations pour laisser le champ libre à une récupération ultérieure par des idéologues plus extrémistes. Un exemple typique est celui de « l'écrivain » Tahar Ben Jelloun qui non seulement ignore tout de sa culture d'origine mais diffuse une vision orientaliste de l'Afrique du Nord. L'exemple de l'Algérie le montre bien : les intégristes recrutent leurs militants de base essentiellement parmi les masses populaires arabisées et donc en perte totale d'identité et qui sont le fruit de la politique d'arabisation et d'islamisation « douce » de la part du FLN. Ces militants politiques berbères qui se définissent comme « arabes modernes » ou encore comme « musulmans modernes », ne méritent donc pas que de les mépriser mais de les dénoncer et de les combattre avec acharnement.

7) Comme le dit si bien Terhi Lehtinen dans sa thèse de doctorat sur le MCA: La formation idéologique marocaine – ou «algérienne» - rend difficile l´expression de la société civile «non-étatique»: toutes les couches de la société se trouvent plus ou moins imbriquées dans les cercles du pouvoir par un rapport clientéliste. Les élites se confondent avec l´étatique et «le peuple», se mouvant dans l´espace non-étatique, est considéré comme ignorant et vivant dans l´obscurantisme.

On peut donc constater un phénomène d´appropriation du tissu social par l´Etat se manifestant par la diffusion du pouvoir étatique dans tous les lieux de la société et par l´établissement d´un contrôle sur les groupes et les individus; ce qui constitue un obstacle sérieux à l´émergence d´un espace contestataire autonome. De nombreux acteurs du Mouvement culturel amazigh, malgré leur discours contestataire, sont susceptibles d'entrer dans les réseaux du pouvoir étatique comme les rivalités personnelles et professionnelles apparues lors de la création de l'Institut pour la culture amazighe l'ont si bien montré.»

8) La marginalisation socio-économique des zones amazighophones entraîne deux conséquences majeures:

a) L'urbanisation massive des paysans affamés les mène directement vers la voie de l'arabisation (un salarié des villes a dix fois plus de chances de perdre son patrimoine socio-culturel qu'un commerçant ou qu'un paysan). En effet, non seulement les conditions d'un déraciné le rendent plus vulnérable, mais si la bourgeoisie soussie (elle aussi issue de l'exode rural) a su transmettre sa langue et ses valeurs à sa progéniture, c'est pour lui permettre d'acquérir les « tuyaux » nécessaires pour se maintenir dans le commerce de la distribution…

b) La bourgeoisie amazighophone (toutes régions confondues) ayant été – pour des raisons héritées de l'époque coloniale : la France ayant toujours défavorisé les zones rebelles… - peu scolarisée à la base (surtout la première génération), est incapable de s'assurer des marges en vigueur dans le commerce moderne. La bourgeoisie amazighe arabisée de Fez (arabiste et fer de lance de l'arabisation) a consciencieusement relégué l'amazighophone à une position de subalterne économique lui faisant jouer un rôle de «collecteur de l'argent des pauvres» tout en la mettant sous la pression de l'administration fiscale pour l'empêcher de prendre un rôle majeur. Des lois et des obligations de demandes de licences protègent encore des commerces jugés «trop rentables pour les laisser aux Soussis» … Après lui avoir légué l'industrie, devenue ingrate et peu rentable, elle s'est réservée les secteurs les plus juteux (les services et la banque-assurance) liées à une forte valeur ajoutée et nécessitant des compétences qu'elle est presque la seule à s'être réservée…

Conclusion provisoire:
Pour toutes ces raisons le MCA pâtit d'un manque crucial d'organisation et de stratégie adéquate ce qui est un grand handicap. Pour palier à cette situation, il serait sage de penser à intégrer au maximum le peu d'élite disponible et valable dans des structures diasporiques regroupant d'autres minorités (juifs séfarades, Assyriens, Kurdes, etc.) afin de créer l'environnement favorable à une formation de cadres et d'une élite efficace. Un Forum des Diasporas d'Europe pourrait servir de «couveuse» pour faire naître des esprits libres et efficaces. Nous pensons aussi à des structures typiques comme une «chambre de Commerce Euro-Amazighe regroupant des hommes et femmes d'affaires ayant réussi et n'étant pas liés aux régimes en place au Tamazgha. On peut dire que le salut de la communauté amazighe se résume en un mot: sa diaspora!

Notes:
(1) Vulgairement appelés « arabes », mais le plus grave est qu'ils ne peuvent donc toucher ni la population locale amazighophone majoritairement analphabète ni quiconque en Occident mais bien ceux qui se moquent bien d'eux qui sont les arabo-baatistes de tout poils !
(2) La TV kurde, Med TV, n'est-elle pas financée par le Congrès Américain? L'intervention de l'Armée US, n'est-elle pas (aussi) le fruit du travail de la diaspora syriaque (50.000 et presque tous hommes d'affaires) aux Etats Unies?
(3) Eux, par contre, font de l'économique grâce au culturel : ils investissent dans ces mosquées en Europe et au Tamazgha pour se faire les clients de demain pour le business lucratif du pèlerinage à la Mecque!
(4) Il faudrait néanmoins faire remarquer que tous les ambassadeurs des Etats Unies ne sont pas «favorables» pour les Imazighen. En 2002 , l'ambassadrice américain, a parlé de «la nation arabe» et du «peuple arabe marocain» alors que le Mouvement Culturel Amazigh et le CMA avait été parmi les premiers à envoyer une lettre de condoléances au peuple américain après le 11 Septembre.

source: www.souss-magazine.com
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