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Vieux 18/12/2003, 15h09   #4 (permalink)
agerzam
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Le royaume du Maroc antique, tout comme les royaumes amazighs voisins, possédait un grand nombre de cités. Certaines avaient joué le rôle de capitale. Il semble que c’est Lixus, ville dont l’époque de fondation pourrait remonter au XIIème siècle av J.-C. si ce n’est encore plus loin, qui fut la première cité à avoir joué ce rôle. Anté y avait construit son palais, nous rapporte Pline l’Ancien.



L’indication d’Al-Bakri (p. 110 texte arabe) qui dit que c’est à Qasr danhaja « que résidaient les rois du Magherib dans les temps anciens» nous incite a penser que c’est vers cette localité, bien stratégique, que supplante actuellement la ville de Qsar El-Kébir que les rois maures avaient , par la suite, déplacé leur capitale. Le nombre de tumuli qui se trouvent selon les travaux de G.

Souville autour de Qsar El-Kébir plaident dans le sens de l’information recueillie et rapportée par l’auteur arabophone du XIème siècle. D’ailleurs que peut signifier la présence des ces monuments funéraires gigantesques, qu’on dit royaux, si ce n’est la traduction matérielle de la présence permanente à cet endroit d’une dynastie régnante ? Ce site, coupé de la Méditerranée par les montagnes rifaines, pourrait avoir été jugé non conforme à la nouvelle politique du royaume et avoir été abandonné par Bocchus I après l’ouverture de son pays sur Rome au lendemain de la capture de Jugurthan et de l’extension de son royaume vers l’Est.

La ville de Siga, sur l’Oued Tafna, semble être toute désignée pour être la ville choisie par Bocchus comme emplacement pour sa capitale. C’est dans cette cité que le Roi frappa la deuxième série de ses monnaies; sachant que la première sortait des ateliers de la ville économique et industrielle du royaume, à savoir Lixus
Après la mort de Bocchus I, à un moment donné des années soixante-dix, et le partage de son royaume entre ses fils Bogud et Mastanesosus, les capitales de l’un et de l’autre furent respectivement Tingi et Iol.

A l’Est, après la mort de Mastanesosus, son fils Bocchus II qui hérita de la partie Est de l’ancien royaume de Maurétanie, annexa , après la défaite et la fuite de son oncle Bogud, et par la bénédiction d’Auguste, la partie Ouest de l’ancien royaume .Il continua à gouverner les deux parties réunies du royaume de sa capitale, Iol; cette même Iol qui deviendra, sous le règne de Juba II, Caesarea en hommage à Auguste Caesar, et qui demeurera capitale du royaume sous les règnes de Juba II et son fils et successeur Ptolémée.

Le royaume du Maroc antique n’avait pas que ces capitales comme centres urbains. D’autres cités avaient existé avant l’arrivée des Romains. Nous avons noté près d’une centaine dans l’ancien royaume de Maurétanie partagé en deux provinces par les Romains. Il est vrai que ces cités, qui existaient avant l’arrivée de ces derniers, avaient connu un certain essor qui coïncidait avec la période de l’annexion romaine. Mais cela nous autorise-t-il à les qualifier de romaines ? Peut-on qualifier Casablanca qui n’était qu’un petit bourg en 1912 et Khouribga fondée sous le protectorat français, de villes françaises ?

Le fait urbain, donc, n’était pas étranger à la civilisation de ce pays dans les temps antiques. N’était pas étranger non plus l’agriculture, son corollaire. La présence de nécropoles, reflet de regroupements permanents plus ou moins grands d’individus sur un lieu donné, la mise au jour de meules, de broyeurs, et de squelettes d’animaux domestiques datant d’il y a 7000 ans, au moins, la découverte de gravures rupestres représentant des outils agricoles et des attelages remontant à la nuit des temps, témoignent, si besoin s’en ressent, de l’enracinement, depuis fort longtemps, de cette activité liée à la terre, dans notre pays.

Pendant la période historique antique bien des auteurs l’ont confirmé. Tite Live ,Pline, Strabon, Mela et Ptolémée relatent la richesse du sol du pays en agriculture ou bien font allusion à l’existence de celle-ci. La place que devait occuper la culture du blé et de la vigne dans l’activité agricole du royaume et par conséquent dans son économie était telle que des Rois avaient gravé l’épi de blé et la grappe de raisin et le palmier dattier sur leurs monnaies . Et c’est donc une grande erreur que de dire que le royaume du Maroc antique était un pays de nomades et de nomades seulement. Et ce n’est sans doute pas un hasard si les anciens y avaient placé le fameux jardin des Hespérides.

De même que nous possédons des monnaies portant les enseignes de ces denrées alimentaires, nous avons des pièces où sont gravés le poisson, la vache, le cheval, l’abeille, l’éléphant, le lion etc. ce qui ne fait que témoigner de l’importance liée à ces produits et la fierté qu’en tiraient les Maures avec les Rois à leurs têtes. Ces monnaies en bronze , en argent et parfois même en or, découvertes jusqu’alors, circulaient dans le royaume du Maroc antique depuis la fin du IIème siècle avant J.-C., à une date où, faut-il le rappeler, de nombreuses nations en Orient et en Occident étaient encore enfoncée dans l’économie du troc.

Le Maroc antique n’était pas uniquement un pays agricole. De nombreuses industries ont fait sa réputation parmi lesquelles notons celle du métal dont les monnaies en bronze , en argent et en or ne sont qu’un de ses aspects, et de la poterie dont les traces remontent au Xème millénaire. L’ébénisterie constituait le fort du génie de nos ancêtres. Les tables en bois de Thuya avec des pieds et des incrustations du plateau en ivoire, extrêmement chères très appréciées des Romains provenaient au monde méditerranéen de chez nous.

«Celle commandée par Ptolémée, Roi de Maurétanie, était faite de deux demi-cercles mesurant quatre pieds et demi de diamètre et un quart de pied d’épaisseur, et l’art en cachant la jointure avait fait un miracle plus grand que n’aurait pu faire la nature» nous dit Pline (Histoire naturelle, XIII, 92.). Cette merveille et d’autres appartenant au trône du Maroc antique étaient vendues aux enchères à Rome au lendemain de l’assassinat du Roi amazigh Ptolémée et de l’annexion de son royaume par la ville de Romulus. La pourpre marocaine, quant à elle, il suffit de savoir qu’elle fut vantée par les poètes tels que Ovide et Horace pour en apprécier la qualité et le degré de réputation.

Cette pourpre amazighe connue et prisée dans le monde antique, Juba II en fit même une industrie. Pline l’Ancien nous rapporte que le Roi avait établi “des teintureries de pourpre de Gétulie”, dans les “îles de Maurétanie”. Iles qu’il faut identifier avec les purpurariae insulae, sans doute, les îlots de Mogador.

La fabrication de la pourpre, l’industrie de salaison du poisson, la production du garum réputé dans le monde méditerranéen de l’époque, la production du vin , de l’huile, l’industrie du bâtiment et de sa décoration (colonnes, chapiteaux, mosaïque) ne sont que résultat du génie d’hommes et de femmes qui ont marché sur cette noble et belle terre qu’est notre Maroc depuis un million d’années au moins. Un peuple d’une extrême coquetterie si l’on suit ce que nous rapporte Strabon qui dit : “Les Maurusiens, nous rapporte le géographe grec ( XVII,3,7), aiment beaucoup une certaine recherche, ils se frisent les cheveux, et la barbe, portent des bijoux, se soignent les dents et les ongles. Il est rare de les voir s’aborder dans leurs promenades, pour conserver intacte l’ordonnance de leur chevelure”.

Le Maroc antique était gouverné par des Rois. Les populations étaient apparemment très attachés à ce régime millénaire. Sous la domination romaine, Lucceius Albinus (Tacite, Histoires ,II, 58), procurateur, sous Néron, de la Césarienne ensuite chef des deux provinces de Maurétanie, révolté contre l’Empereur se serait emparé des insignes royaux et du nom-même de Juba II, pour mobiliser les gens derrière lui.

Le Romain n’aurait pas agi ainsi (ou bien ses Supérieurs ne l’auraient pas accusé de ce délit ) s’ils ne savaient pas l’un et les autres que cela trouverait un échos favorable auprès des habitants de l’ancien royaume. Les Rois étaient adorés. Un culte leur est rendu par leur peuple après leur mort. Les légendes tissées autour de leurs origines, les tertres, les tumuli, et les mausolées dressés sur leurs cendres tentent à le prouver.

D’autres témoignages, littéraires cette fois-ci, viennent confirmer l’existence, voire la persistance du culte des Rois en Afrique mineure et particulièrement dans la Maurétanie. « [...] au delà de cette grotte (consacrée à Hercule), nous dit Méla, se trouve Tingi, ville très ancienne, fondée, à ce qu’on dit , par Antée. Il reste une preuve de ce fait, c’est un bouclier rond d’éléphant, énorme, et dont personne de nos jours ne pourrait se servir à cause de sa grandeur. Les habitants du pays sont sûrs qu’Antée l’a porté et ils l’ont en grande vénération [...] on montre une colline de faible hauteur qui ressemble à un homme couché et qui est, disent les habitants, son tombeau».

Plus choqués par cette divinisation posthume que les auteurs païens, les auteurs amazighs chrétiens n’ont pas hésité à nous signaler et à dénoncer cette pratique contraire au principe du christianisme. Tertullien, apologiste et théologien amazigh de la fin du IIe et début du IIIe siècle, nous apprend que la Maurétanie rendait un culte à ses Rois. «Chaque province, chaque cité a aussi son dieu à elle; aussi la Syrie a son Astarté[...], l’Afrique, Caelestes, la Maurétanie ses Princes». Minucius Felix nous précise que le culte rendu aux Rois maures l’était post mortem et cite comme exemple le nom de Juba.

«Après leur mort, vous imaginez qu’ils deviennent des dieux [...] ainsi Juba, par la volonté des Maures est un dieu» écrit-il. Saint Cyprien ajoute même que les Maures adoraient leurs Rois «ouvertement et n’en font aucun mystère».Un demi siècle plus tard, Lactance constate la persistance d’un culte que les Maures rendaient à leurs Rois divinisés et cite aussi Juba. «Les Maures [ont divinisé] leurs Rois [...], les Maures [ont adoré] Juba».

Dans adversus Paganos, Arnobe énumère, parmi les divinités africaines, les Bocchores mauri qu’il faudrait plutôt rapprocher de Bocchus, nom de deux Rois maures dont le pluriel pourrait par une sorte de barbarisme avoir donné Bocchores. A ces témoignages littéraires s’ajoutent des monuments impressionnants, des tumuli, des tertres, des tombeaux royaux, des mausolées qui, selon les historiens et les archéologues, abritaient les Rois défunts.

A cela il faudrait ajouter les portraits des rois, objets de vénération. Un portrait de Juba II découvert à Sala, à proximité d’un «temple maurétanien», a fait écrire l’archéologue français J. Boube : «l’usure quasi totale des mèches et du diadème, sur la partie droite et le haut de la tête, ne peut avoir une origine accidentelle, ni correspondre à une intention précise de mutilation.

Elle a déterminé des surfaces polies, qui font penser encore que l’hypothèse puisse paraître surprenante et aventurée, à l’usure provoquée par le geste de la vénération, accompli, à la faveur de la taille réduite de la statue, par des générations dévots sur la tête même de leur Roi divinisé»8. La persistance de cette dévotion aurait duré, selon ce chercheur, jusqu’au IVe siècle (ID., Ibid). Le maraboutisme particulièrement développé au Maghreb et que l’Islam n’a pas réussi à effacer ne peut-il pas avoir pour origine le culte des Rois ?

La royauté du Maroc antique était héréditaire. Elle s’effectuait de père en fils. Les princes en général et les héritiers en particulier avaient apparemment une préparation militaire, politiques et diplomatique préalables.

8Le Roi peut faire appel aux amici. Ces amici, confidents et conseillers qualifiés d’oixeioi et philoi dans les textes grecs, d’amici, proximi, necessarii et de familiares dans la littérature latine, les Rois les consultaient en cas de prise de décision grave. Bocchus I, longtemps hésitant quel parti prendre, celui de Rome ou celui de Iugurthan n’a pas cessé de demander les avis de ses conseillers qui étaient, selon Salluste, bien partagés. Cinq, au moins, des confidents du Roi étaient pour l’alliance avec Rome. On connaît les noms de deux : Dabar fils de Massugrada et Magudulsa.

Des missions d’agents secrets peuvent être confiées à ces amici du Roi. Ces conseillers peuvent représenter le Roi au moment des négociations. Bocchus I donna l’ordre à ses amis “d’aller en qualité d’ambassadeurs vers Marius d’abord, puis s’il y consent, à Rome et leur donne le plein pouvoir pour négocier et pour conclure la paix”, nous rapporte Salluste. La corruption ne semble pas avoir entaché ces personnages.

Les Rois amazighs en général, et donc aussi maures, ne pouvaient naturellement “se passer d’agents pour l’expédition des affaires : secrétaires, comptables, trésoriers, intendants, courriers” etc. Nous n’avons aucune preuve que les hommes libres appartenant à cette catégorie d’employés, dont la fonction exige une certaine instruction, étaient recrutés parmi les puniques comme le sous entend St. Gsell10. Ce que nous savons par contre, c’est que le secrétaire Nabdalsa, bras droit de Iugurthan, était un Numide et que le licteur principal du Roi l’était aussi.
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