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Aux sources de la monarchie : les assises historiques de l’institution royale au Maroc
Il suffit de fouiller un peu dans le passé antique de notre nation pour constater , les sources antiques à l’appui, qu’au Maroc antique (Maurusia chez les Auteurs grecs, Mauretania chez les Auteurs latins), pays habité selon Strabon par un peuple “grand et riche” (sic), un Roi et par conséquent un royaume en tant qu’entité politique avaient existé depuis la plus haute antiquité.
Toutes les indications émanant des auteurs anciens concernent un Roi, le Roi Antée, personnage enveloppé de légende, mais qui pourrait être une personnalité historique, magnifié par son peuple. Une légende , en effet, ne peut pas naître, à notre sens , à partir de rien. Pour qu’une légende s’établisse, il lui faut une réalité autour de laquelle elle se tisse.
Dans une légende, donc, il y a toujours un fil de vérité historique. Souvenons-nous de l’histoire de la ville de Troie, de la résistance des Troyens aux Hellènes relatée dans l’Iliade par Homère. Elle n’était considérée que comme légende pendant des siècles. Il a fallu attendre le XIXème siècle, 1869 exactement, date à laquelle l’Allemand Heinrich Schliemann prend au sérieux le contenu du poème épique pour fouiller et découvrir le site de cette ville. Ainsi grâce à la ténacité, à l’audace de ce riche commerçant qu’était Schliemann, Troie a cessé de faire partie du monde de la légende. D’ailleurs si l’on examine le côté légendaire du personnage qu’était le Roi Antée et on le compare avec celui de certaines personnalités historiques celles-ci, on constate tout simplement que le sensationnel entourant ce chef amazigh n’a rien d’extraordinaire par rapport à celui dont sont enveloppés ceux dont l’historicité est authentique et bien prouvée.
Ce fut, selon les sources, un Roi puissant qui défendit ses Etats et en interdit toute pénétration forcée aux étrangers. Ceux qui osaient s’y hasarder étaient provoqués par le Roi pour un combat singulier. Chef à la stature et aux armes gigantesques dont les exploits et le nom rappellent la gloire d’Hercule, les générations amazighes qui se sont succédées sur le sol de la Maurusie racontaient qu’il se considérait ( ou on le considérait) descendant du dieu de la mer, Poseidon, qu’il fut aussi le fils de la Terre (Gaia), car quand il touchait celle-ci, il redevenait encore plus fort. S’agit-il, ici, d’une métaphore qui voudrait dire qu ‘à cette époque, déjà, ce Roi tirait sa puissance économique, entre autres, de l’exploitation de son sol? En tout cas c’est à cette époque que remonte l’histoire des Hespérides et de leurs jardins. Le tombeau monumental en amas de terre et de pierres, de forme conique, de 58 m de diamètre, situé entre Lixus et l’ancienne Tingi, appelé Tumulus de Mzoura, prononciation sans doute, écorchée, une fois arabisé, du terme amazigh, Imzwoura qui veut dire les Anciens, pourrait être le sien.
L’archéologue espagnol Tarradell pense que le tombeau en question pourrait être celui qu’a fouillé le général Sertorius en 81 avt J.-C. et à propos duquel les Amazighs ont dit au Romain qu’il est celui d’Antée. D’autre part les sources antiques attribuent au héros Antée la fondation de la ville de Tingi. Cette histoire a traversé les âges. Au début de l’époque moderne, Hassan al-Wazzan, alias Léon l’Africain nous rapporte qu’on raconte que Tanja fut fondée par Chaddad Ibn Ad, qui n’est autre qu’une forme arabisée du personnage héroïque Antée.
De son côté Pline l’Ancien nous rapporte que c’est à Lixus que se trouvait le palais que les autochtones attribuaient à ce Roi. On dit aussi qu’Antée avait régné sur toute l’Afrique Mineure et Tamazgha fut appelée le royaume d’Antée. Cette origine divine de ce Roi nous paraît de nos jours incroyable. Mais si nous parcourons l’histoire antique de l’humanité, nous nous rendons compte que la descendance divine d’un chef était une prétention tout à fait courante. Nous avons dans l’Histoire des hommes dont l’existence est indiscutable, des hommes au destin exceptionnel, et dont on a dit qu’ils furent des fils des dieux. Si nous examinons, à titre d’exemple, l’histoire des Pharaons dont l’existence n’a pas besoin d’être démontrée, nous constatons qu’à partir de la deuxième dynastie, ces Rois d’Egypte se considéraient et s’intitulaient les Fils du dieu Râ.
Le philosophe grec Aristote pensait avoir le dieu Esculape pour ancêtre. Le Dictateur romain, Caius Julius Caesar, prétendait descendre de la déesse Vénus. Marc Antoine se considérait comme un nouveau Dionysos, Cléopâtre se prenait pour Isis. Tous les Empereurs romains divinisés avaient trouvés dans la foule quelqu’un pour jurer avoir vu leurs âmes s’envoler, aux griffes d’un aigle, vers les cieux, monde des dieux. .Tous ces personnages ont existé historiquement. Et c’est une banalité que de dire que c’est autour des grands hommes aimés et admirés à la fois que les peuples tissent des légendes. N’a-t-on pas vu sa majesté feu Mohammed V sur la lune alors que nous étions au début de la deuxième moitié du XXème siècle après J.-C.?
L’Hercule qu’a combattu le Roi amazigh semble cacher selon les Historiens contemporains, suivant en ceci les Grecs eux-mêmes, le Melqart phénicien auquel il fut, d’ailleurs souvent assimilé. La lutte entre les deux personnages traduirait selon ces mêmes historiens la confrontation entre les Amazighs et les Phéniciens.
Si cette hypothèse se confirme et il n’y a pas lieu qu’elle ne le soit pas, nous pourrons remonter cette légende, et donc les événements sous-jacents, à la fin du XIIème siècle avant Jésus Christ et par là-même l’existence d’une royauté forte, en ce moment déjà, dans ce pays. Quoiqu’il en soit, et même si l’on veut faire abstraction de ce qui est teinté de légende, l’existence du Maroc Antique en tant que royaume n’a pas attendu la fin du VIIIème siècle ou le début du IXème après J.-C. pour exister en tant qu’entité politique. Le Maroc n’était pas cette mosaïque de tribus et de Chefs de tribus comme on a toujours voulu le présenter et ceci soit pour des raisons idéologiques ou par ignorance du contenu des sources gréco-latines et des résultats archéologiques.
Les véhiculeurs de cette hypothèse ont limité leur lecture aux sources arabes du moyens âge, elles-mêmes écrites par des auteurs monolingues ignorant le grec et le latin, n’ayant eu accès à quelques bribes de connaissances antiques de l’Afrique du nord qu’à travers une traduction arabe, peu fidèle, du livre très léger d’Orose, Historiae adversus paganos. Bien plus, en dépouillant ces sources musulmanes nous constatons qu’elles ne portent nullement sur l’histoire de la période du Maroc antique. Ce dont elles tentent de révéler quelque chose et avec une brièveté frustrante, émaillée d’erreurs flagrantes c’est plutôt la période bien ponctuelle, celle qui coïncide avec l’arrivée des Arabes en Ifriqia (une partie de la Tunisie actuelle). En résumé tout ce qu’ont tenté de faire ces médiévaux y compris le grand savant nord africain Ibn Khaldoun, c’est de nous livrer une vue photographique instantanée de la situation de l’Est de Tamazgha juste avant l’arrivée des Arabes. Or, si ces auteurs avaient pris connaissance des sources littéraires grecques et latines , ils auraient découvert que le Maroc antique était un grand royaume gouverné par des Rois historiques. A ces sources littéraires s’ajoutent de nombreuses monnaies portant les effigies de ces Rois maures diadémés, barbe taillée ou en pointe et leur titre de Roi protecteur du royaume, écrit en punique ou de Rex en latin.
C’est ainsi que les auteurs anciens nous révèlent, et notamment Justin, que durant la deuxième moitié du IVème siècle avt J.-C., un Roi Maure anonyme, historique, fut sollicité par Hannon le grand . Le Punique a fait appel à lui lors de sa révolte contre sa cité, Carthage. Cette information qui révèle l’existence d’un roi au Maroc antique, signifie-t-elle que ses Etats s’étendaient jusqu’au territoire Carthaginois ? Autrement dit les frontières de son royaume confinaient-elles avec celles des possessions carthaginoises qu’on sait être limitées au territoire de la Tunisie actuelle ? Ou bien c’est la réputation du Roi, uniquement, qui dépassait la frontière de son royaume pour atteindre la cité africaine, Carthage ? C’est aussi pendant le début du dernier quart de ce siècle toujours, plus exactement en 324 avt J.C, que, selon ce que l’on peut déduire d’une information rapportée par Diodore de Sicile, une délégation, maure entre autres, avait atteint Babylone pour féliciter Alexandre le Grand de ses victoires.
Ce qui prouve que non seulement des Chefs, en mesure d’envoyer des délégations à des personnalités tel qu’ Alexandre le Grand, existaient dans cette contrée, mais aussi qu’ils pouvaient être au courant de ce qui se passait au Moyen Orient, qu’ils étaient en quelque sorte déjà en relation avec le monde grec, qu’ils suivaient les événements internationaux de l’époque, pour ne pas dire qu’ils avaient déjà une sorte de politique étrangère. Mais puisque ce sont les sources littéraires grecques et latines qui nous permettent de retracer l’Histoire de Tamazgha et que les allusions qui y sont faites au royaume maure ne le sont que quand celui-ci entre en contact avec Rome, il fallait attendre la fin du troisième siècle avant J.-C. pour avoir une information concernant le Maroc antique.
En effet, c’est en racontant les évènements liés à la confrontation de l’Afrique du nord avec les forces romaines que Tite Live nous parle d’un Roi Maure nommé Baga, nom qui n’est pas sans nous rappeler celui du savant marocain du XIIème siècle, Ibn Baja. L’auteur de L’Histoire romaine nous rapporte qu’après sa rencontre avec le général romain Cornelius Scipion, surnommé l’Africain, le fameux Ifriqch des sources arabes du Moyen-Age, Masinissa, passé d’Espagne en Maurétanie, supplia et adressa “les prières les plus humbles” (sic) au Roi marocain.
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