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Ksar Aït Benhaddou, patrimoine mondial en péril
Patrimoine mondial en péril
A 30 km de la ville d'Ourazazate, se trouve le Ksar Aït Benhaddou. Construit probablement au 11e siècle, sous les Almoravides, c'est un Ksar différent de tous ceux qui émaillent la région présaharienne. Situé en bordure de l'Oued El Maleh qui sillonne la vallée d'Ounila, il en subit périodiquement les crues. On imagine les effets en chaîne. Dans un rapport réalisé par le Centre de Conservation et de réhabilitation des Kasbahs du Sud (CERKAS) .
dans le cadre du Plan de Sauvegarde et de réhabilitation du Ksar Aït Benhaddou, on apprend que lors de la dernière inondation en date, le ksar a subi un dépeuplement conséquent qui réduisit sa population à quelques 700 personnes.
C'est un moindre mal lorsqu'on pense aux autres conséquences : difficulté d'accès au site en l'absence de pont sur l'oued ; risque d'effondrement des soubassements en terre et des toitures sans parler de la dégradation sous l'effet des intempéries des façades. Aux insultes de la nature et du temps, il faut ajouter ceux de l'homme. Etant le lieu d'une activité touristique de plus en plus accrue - il reçoit en moyenne 120.000 touristes par an- le Ksar connaît une prolifération de bazars et de commerce en tout genre qui n'est pas sans effet sur le site.
Ce n'est pas tout. Ouarzazate étant devenu un espace de création cinématographique international, le ksar Aït Haddou, comme d'autres sites alentours, est, par effet d'entraînement, sollicité par les producteurs pour servir de plateaux de tournage, ce qui contribue à sa dégradation, par "l'introduction de formes architecturaux exogènes telles des fenêtres en arc" percées à même les parois ; par l'utilisation du béton ; par "l'adoption de nouveaux motifs de décoration et de modénature" ; par la persistance de "décors de cinéma sur les portes et les ouvertures".
Il faut ajouter à ces facteurs extérieurs, celui des habitants des environs. Le rapport fait mention de la dégradation du site et du douar à proximité sous l'effet de l'urbanisation anarchique.
La surélévation des constructions, l'installation des fils électriques d'éclairage et de réservoirs d'eau dans le village ont fini par obstruer la vue panoramique du site, alors que la "profusion d'une typologie d'habitat économique pose le problème d'adaptation au climat et l'accessibilité aux équipements et services de base. Le site comprend, en fait, deux entités que le rapport nous décrit : le ksar qui abrite six familles et le douar situé près de la route où réside une centaine d'habitants.
Le ksar est une structure fortifiée, comprenant deux portes d'accès, une mosquée, et traversée par une ancienne rue commerçante.
Les habitations sont construites en pisé et organisées autour d'un patio sur plusieurs niveaux. Le rez-de-chaussée est affecté aux bétail et au stockage des produits agricoles, les étages sont réservées aux espaces de séjour.
Des aires d'abattage sont situées à l'extérieur du ksar, les traces d'un grenier collectif dégradé se trouvent au sommet du site. A l'extérieur, un marabout, deux cimetières, musulman et juif. Inscrit depuis 1987 sur la liste du Patrimoine mondial, Ksar Aït Benhaddou a depuis, été l'objet de travaux ponctuels de réfection tels le pavage des rues, la restauration de la mosquée sans rapport avec le site lui même.
Depuis, plus rien. La multiplicité des intervenants, l'absence d'un centre de prise de décision, ajoutée à celle des moyens financiers a acculé tout le monde à l'impuissance et à l'inertie.
D'acteurs actifs, ils s'enlisent peu à peu dans le rôle de spectateurs passifs qui assistent, impuissants, à la dégradation de la situation. Le site est en passe, en effet, d'être dans la situation de "patrimoine en péril"
On lit dans le rapport du CERKAS, celui-ci reconnaît son incapacité à faire face seul à la situation : "Le centre opère sur un vaste territoire d'intervention comprenant les provinces de Zagora, Ouarzazate, Azilal, Figuig, Agadir, Guelmim, Oued Eddahab, ce qui limite objectivement ses moyens d'intervention, au regard des moyens logistiques dérisoires dont il dispose".
Autant dire que la sauvegarde du Ksar d'Aït Benhaddou n'est pas pour demain.
Abdelaziz Mouride | LE MATIN- 30-08-2005
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