Culture
Succès populaire au festival d’Agadir Timitar : Plus de 50 000 spectateurs en une soirée
« Je persiste et signe. Les ennemis de l’Afrique sont les Africains. Quand vous regardez les téléjournaux, vous voyez que les Algériens égorgent les Algériens, les Somaliens tuent les Somaliens, les Burundais génocident les Burundais, les Congolais massacrent les Congolais, sans parler de l’angola et de ces Ivoiriens qui brûlent la Côte d’Ivoire ».
C’est en ces termes que, Alpha Blondy a chanté « Réveille-toi Africa », jeudi soir devant plus de 50 000 spectateurs venus à la place Al Amal d’Agadir. « One Earth, one love » ! Plus qu’un chanteur, Alpha Blondy est un penseur politique dont le parti est celui de la paix dans une Afrique qui se déchire. S’exprimant en dioula, en français ou en anglais, Alpha est le reggae man numéro 2 après Bob Marley Auparavant les rythmes amazighs du groupe Massinissa ont fait vibrer ce nombre impressionnant de spectateurs. Cette formation puise son originalité dans le patrimoine artistique du Souss tout en s’inspirant des autres styles musicaux amazighs du Maroc et d’ailleurs. Par ailleurs, le concert donné par Jbara, l’enfant de Talborjt d’Agadir, était exceptionnel . Sa musique est une fusion celtique gnaoui, « Lila-Noz », avec le groupe « kerhun » qui utilise le « Guembri ». Un voyage multicolore de sensations à bord d’une caravane d’images acoustiques vers lequel nous a embarquée cette musique chargée d’une rythmique forte. Au théâtre de Verdure, l’ensemble Kelâat M’Gouna a captivé l’attention d’un public toujours avide de cette rythmique forte.
La danse de l’ensemble de Kelaat M’Gouna incarne tous les enjeux socio-économiques et culturels de la région. Des hommes et des femmes fêtent les roses par leurs costumes multicolores, leur musique et leurs chorégraphies. Seules les femmes célibataires ont le droit d’y participer. Les danseuses et les danseurs se regardent, mais le Raïs (le Chef) est là pour veiller à la rencontre selon les règles de l’art. Les femmes croisent les bras et chacune prend la main de sa voisine de chaque côté. Les hommes, épaule à épaule, tapent leur Bendirs. Les femmes et les hommes courent, en rangée, les uns vers les autres. A peine rencontrés, ils se séparent en bougeant vers l’arrière. Ainsi se répète la danse, prenant aussi d’autres formes, mais gardant toujours la règle du jeu qui veut que les femmes ne doivent jamais être entourées par les hommes.
Tout de suite après, cet ensemble va céder la place à Aïcha Tachinouite. Son concert était un véritable show alliant chant et danse. Aïcha et son ensemble entraînent le public dans un tourbillon de musiques traditionnelles et modernes enlevées par les violons, guitare, batterie, darbouka, rebab et nakouss de ses cinq musiciens.
Mais, Aïcha Tachinouite n’a rien à avoir avec la Colombienne Totó la Momposina. À la fois chanteuse et danseuse, Totó la Momposina a gagné le respect et l’admiration du public à travers le monde, par la puissance et la spontanéité de ses concerts. Faisant appel à la musique et à la danse de la Colombie caraïbe, son travail est le résultat du formidable métissage des différentes cultures qui composent son pays.
Sur scène, la formation est presque entièrement composée d’instruments traditionnels : tambours, gaitas (flûtes), cuivres (trompette et bombardino), tiple (guitare à 12 cordes), basse, percussions. Le répertoire est composé d’une multitude de rythmes comme la cumbia, le bullerenge, la chalupa, le garabato et le mapale issus de la côte caraïbe, mais également du son cubain, de la guaracha, de la rumba et du bolero-son ... Sur la place Bijaouane, le public a pu découvrir et apprécier la scène Découvertes Hip hop de la région Souss Massa Drâa et le groupe Gnawa Diffusion. La scène Découvertes Hip Hop s’inscrit dans un travail de collaboration initié par l’Institut français d’Agadir pour lequel l’association UNI’SONS a mené une série d’ateliers de scratching et d’écriture musicale assistée par ordinateur.
Ce travail aboutira à l’édition de cinq titres que les jeunes artistes ont tenus à chanter en arabe, en français, mais aussi, pour la première fois dans le mouvement rap, en Tachelhite. Par ailleurs, le groupe Gnawa Diffusion qui fait référence en matière de métissage culturel tient sa notoriété de l’engagement de ses musiciens et de la qualité d’une musique qui ne se range pas dans une case, mais dans plusieurs : celles du rap, du ragga, du reggae, du jazz mais surtout des musiques traditionnelles du Maghreb avec lesquelles le groupe et son leader, Amazigh Kateb, entretient une relation forte. Une relation et une parenté forte avec la culture orientale puisque Amazigh Kateb, fils du célèbre poète et romancier Kateb Yacine, est à l’origine de cette formation aux textes combatifs et contestataires écrits en arabe, en français et en anglais. Entre acoustique et électrique, les Gnawa Diffusion nous a proposé un véritable voyage musical qui prend toute son ampleur sur scène.
Vendredi soir, Rkiya Demsiriya était magistrale lorsque le public lui a réservé un accueil exceptionnel. Accompagnée d’instruments traditionnels, Rkiya Demsiriya a interprété le répertoire des illustres Rayssates qui l’ont précédée ainsi que des créations personnelles, démontrant la vivacité et l’actualité d’un art tout à la fois populaire et savant.
Accueil chalereux était également réservé au « petit prince du Raï ». Vêtu tout en blanc et devant un public de plus en plus large, Faudel a interprété un raï moderne mixé au funk, reggae, flamenco, salsa et aux rythmes jungle. Sur scène, il regorge de soleil, de bonne humeur et de joie. Sa force reste la scène, un endroit où il se donne à 100%.
A l’autre côté de la ville, la scène Bijaouane a accueilli les frères Izem. Issus de Dcheira, berceau de nombreux artistes aujourd’hui reconnus, les frères Izem font partie d’une famille pour qui la musique est une pratique au quotidien. Leur style musical s’apparente au « Tazenzart » dont le précurseur est le groupe mythique « Izenzaren ». Leur formation se compose d’instruments traditionnels tels que le banjou, le hajdouj, le tam tam et le bendir. Nourrie de leurs rencontres et recherches artistiques, leur musique s’enrichit avec harmonie de sonorités modernes grâce à l’introduction de la guitare.
Un autre groupe était égaleùment de la fête. Il s’agit de « Noujoum Aït Baamrane et Tisslatine » qui propose une musique issue du patrimoine traditionnel amazigh, et plus particulièrement de style Ahwach. Les textes nous emmènent dans un univers poétique où l’amour est au centre de ce lyrisme. Les musiciens du groupe exercent leurs talents d’arrangeurs et de compositeurs dans un travail en étroite collaboration avec un groupe de femmes « Tisslatine ». Vêtues du costume du Sud Ouest du Maroc, ces femmes exécutent des répertoires traditionnels. La soirée a pris fin juste après la belle prestation offerte par l’Indien Malkit Singh qui joue le Bhangra -musique typiquement paysanne de la province du Punjab
avec des instruments « modernes ». Il mélange ses rythmes traditionnels avec du reggae, de la house, jungle et drum&bass.
A signaler que la journée de vendredi était notamment marquée par la présentation dfu show final des « Tribunes Libres », créations artistiques de jeunes talents de la région, dont les éliminatoires se sont déroulés récemment à Agadir, Taroudant, Chtouka Ait Baha, Tiznit, Ifni, Ouarzazate et Zagora. El Mahjoub Rouane
Source : Le Matin
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