Economie
Skoura l’éden au nord-est de Ouarzazate : Des investissements conséquents pour la restauration des vestiges de la région
A Ouarzazate, il n’y a pas uniquement le septième art qui suscite le regain d’intérêt d’opérateurs qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs. On croit tout connaître de cette région alors qu’elle réserve bien des surprises, à condition de bifurquer au nord- est.
A quelques encablures de cette cité émerge, en plein désert, comme par enchantement, Skoura. Ilot de verdure, cette palmeraie se caractérise par ses majestueuses forteresses de terre rouge et ocre. Bien qu’ayant été menacées par les intempéries, ces habitations, qui risquaient de tomber en ruine et de disparaître à jamais du paysage marocain, sont désormais en passe d’être préservées. Des opérateurs ont entrepris des travaux en vue de les restaurer et de leur donner l’éclat d’antan.
En parfaite harmonie avec leur environnement, les maisons d’hôtes Sawadi, Dar Ahlam, la Kasbah Ben Moro ou encore l’auberge Talout, avec leurs murs en adobe et en briques de terre crue argileuse ainsi que leurs ornementations extérieures ajourées, sont désormais de véritables puits de lumière.
« Cette bourgade, très riche, connaît une véritable dynamique touristique », fait valoir Juan De Dios Romero, gérant de la Kasbah Ben Moro.
Et d’ajouter que de réelles perspectives de développement s’offrent désormais au niveau de cette région, tant il est vrai qu’elle recèle des atouts dans les domaines de l’ethnologie, de l’ornithologie et de la géologie.
Même son de cloche pour Bernard Ribet qui, menant de main de maître la ferme d’hôtes Sawadi étendue sur 3,3 ha et réalisée à la faveur de 5 MDH (millions de dirhams), précise toutefois que les activités liées au voyage et aux loisirs commencent à prendre forme, grâce notamment à ce genre de projets montés aussi bien par des opérateurs locaux que par des étrangers.
Dans l’enceinte arborée d’oliviers, de figuiers, de pommiers et de palmiers, qu’il gère, M. Ribet estime que « la palmeraie de Skoura où se trouve la célèbre Kasbah d’Amerhidil, vaut bien le détour ».
C’est que la conception et la philosophie de restauration de ces mêmes vestiges ont été axées sur une intégration efficiente au sein de l’environnement social. Pour Olivier Beiner, directeur de la Kasbah Dar Ahlam, projet qui réalise un chiffre d’affaires de près de 1 million d’euros, il s’agit là d’une démarche incontournable en vue d’assurer la pérennité.
Selon lui, « sans eau ni palmiers, la viabilité de nos projets est considérablement menacée, ce qui explique que nos efforts vont dans le sens d’abord de préserver ces richesses naturelles et de ne pas faire souffrir davantage la nappe phréatique à travers des modes de traitement modernes qui recyclent les eaux usées pour les réutiliser pour l’irrigation des jardins ».
Abondant dans le même sens, le propriétaire de Sawadi tient à préciser que de tels projets « n’ont aucune chance de continuer en l’absence d’un impact direct sur les populations ». Les promoteurs de ces projets suivent une conduite locale en matière d’emploi, dans la mesure où tout le personnel est originaire de la région.
« C’est dans un esprit d’ouverture sur la population que les postes d’emploi nécessaires devraient être occupés essentiellement par les jeunes de Skoura et que nous devrons assister toutes les actions menant dans le sens de développer cette région », renchérit, pour sa part, Juan De Dios Romero.
Message assez bien perçu par les jeunes de la région qui, désireux d’accompagner cette dynamique, emboîtant le pas aux promoteurs étrangers, avec moins de possibilités financières certes, mais autant de volonté, se sont s’imposés prouvant par là même que le challenge de leur intégration n’est pas aussi ardu que l’on le préjuge.
« Je suis relativement nouveau dans ce domaine qui requiert le sérieux et la persévérance, mais je suis optimiste quant à l’avenir de mon auberge comme du tourisme en général dans la région », a expliqué Abdelmoula qui, à pied d’œuvre, a pu développer l’habitation familiale, tout en la transformant, au fur et à mesure que ses recettes augmentent en petite entreprise. Une démarche, soit dit en passant, saluée par l’annexe de Ouarzazate du CRI (Centre régional d’investissement) d’Agadir.
Selon Reda Mohamed Nadime, chargé de mission auprès de ce centre, l’objectif est d’accompagner les jeunes dans cette « louable propension ». Le CRI d’Agadir, fait-il valoir, compte bien aller de l’avant et faire en sorte à ce que ce type de projets puissent être réalisés avec célérité.
Le tissu associatif local, qui se compose de 27 associations, estime que cette dynamique « très positive » est profitable à la population, en ce sens que cet essor contribuera à absorber d’abord une partie, aussi minime soit-elle, de la main-d’œuvre en chômage et ensuite améliorer l’image de Skoura pour attirer d’autres investisseurs.
Selon Mohamed Hokari, secrétaire du tissu associatif, « l’intégration de ces projets dans leur entourage environnemental et social se fait de manière plutôt positive, particulièrement pour ceux qui expriment directement ou indirectement leur intérêt à la préservation des potentialités naturelles dont les palmiers et l’écologie ».
Tout le monde est conscient du rôle du tourisme dans le développement de la région, a-t-il dit, à la seule condition que cela se fasse dans le respect des normes et des coutumes de la population. Et c’est justement le cas jusqu’à maintenant avec les établissements sur place, tient-il à préciser.
Fraîcheur d’une oasis
La palmeraie de Skoura est à une quarantaine de kilomètres de Ouarzazate en aval de la vallée de Dadès à 1.188 mètres d’altitude entre Atlas, Anti-Atlas et la vallée du Dadès, réputée pour ses oliviers et son huile.
Les foggaras amènent l’eau des montagnes pour l’irrigation de la palmeraie qui offre la fraîcheur de l’oasis, dédale de jardins luxuriants à l’ombre des palmiers dattiers, grenadiers, figuiers, amandiers, damiers de céréales.
DNES : Abdelali Boukhalef Source : LE MATIN
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