Artistes
Saïd Bahij
Saïd Bahij a deux ans lorsque ses parents,
venus quelques années plus tôt du Haut-Atlas, quittent les mines du nord de la France pour s’installer à Mantes-la-Jolie, proche de l’usine Renault dans laquelle est embauché son père.
"On a suivi le courant historique de nos parents".
Une enfance paisible, puis bouleversement : "Il y a eu un changement radical, prémédité, subtil. Brusquement, tous les Français avaient disparu. L’ascenseur était devenu tribal, on était entre nous, ethnicisés, parqués. D’une ville, on est passés à la cité, puis à la savane". Alors passionné d’histoire, il prend conscience de la voie toute tracée qui lui est imposée : la mise en place des LEP et autres filières spécialisées achève - comme pour tant d’autres - la scolarité de Saïd qui s’oriente vers un parcours autodidacte.
Il travaille comme animateur, ce qui lui offre loccasion d’observer, d’analyser le quartier : "Animer, ça veut dire rendre vivant ce qui est mort... L’animation est arrivée au moment où les espaces naturels, le bois, le sable... , la nature dans l’immensité du Val Fourré ont disparu. On a mis des animations et des maisons de quartier là où il y avait de la nature. On n’a pas besoin d’animation, dans les banlieues, mais de culture. D’art".
Orateur de talent, poète sans s’en douter, Saïd met en forme ses observations dans une exposition, "La cité du raide-chaussée au XXIe siècle". Juxtaposition de textes et d’images, figures de style et sens figuré, les défis que pose l’écriture de Saïd Bahij mettent en exergue les banalités d’une cité défigurée par son architecture. Sa prise de position et son engagement passent par le jeu sur les polysémies, l’utilisation de paraboles.
Cette exposition n’est pas uniquement un produit culturel à consommer, elle éveille les consciences, et fait écho aux débats actuels. Un point de vue chargé de raison, une voix qui résonne, la verve poétique de Saïd panse les maux.
De Maison des Associations en Centres socioculturels, de l’Agora à Mantes-la-Jolie au Théâtre de la Main d’Or à Paris, en passant par la Grande Halle de la Villette, "La cité du raide-chaussée au XXIe siècle" témoigne et bouleverse.
Saïd Bahij ne se sert pas que des mots pour s’exprimer. La musique, avec notamment le groupe ABM, l’accompagne depuis toujours. « S’il faut passer par l’écriture pour être entendu, j’utilise l’écriture. Si demain une autre méthode est reconnue, je m’en servirai »
Source : Saidbahij.net
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