Culture
Le film amazigh, La diversité du cinéma marocain
La huitième édition du Festival national du film a été marquée par de nombreux moments forts. C’est l’un des aspects de sa réussite. La raison tient d’abord et essentiellement à la programmation, aux films présentés. Au sein de tout le tapage qui a accompagné cette édition "historique", il ne faut pas oublier en effet que le principal, la raison d’être même du festival, c’est le cinéma véhiculé par les films projetés. Ces derniers ont offert au nombreux public de la salle Roxy une grande variété d’approches, de genres et de thèmes.
D’où certainement l’effervescence née de la réception de ces films. Ce vaste mouvement d’expression libre a entraîné un certain enivrement voire un certain vertige. Un cinéma qui s’ouvre sur des zones jusqu’ici non abordées, ce qui forcément dérange et provoque des réactions différenciées. Le film de Leila Marrakchi a focalisé l’attention mais il n’était pas le seul. Marock n’était pas la seule polémique de Tanger. D’autres films ont suscité de vifs débats. C’est le cas notamment de films amazighs. Il s’agit en particulier de deux beaux films Good bye Khadija de Kamel Belghmi et Aghni de Mohamed Mernich Outaleb. Deux courts métrages dont la présence en compétition officielle est déjà un phénomène inédit. L’amazighité est en effet la structure absente du cinéma marocain. Ces deux courts métrages sont entrés dans l’histoire du FNF comme deux films entièrement en langue amazighe. L’originalité d’un film ne réside pas dans sa langue (entendre celle de ses dialogues) mais dans son langage (celui des codes de l’expression cinématographique). Mais un cinéma est aussi l’expression d’une vision du monde et le fait de taire une composante linguistique du pays était déjà révélateur d’un type de cinéma, conformiste et timide. Quelques cinéastes ont tenté par le passé de faire des ouvertures dans ce sens. Le pionnier est incontestablment Mohamed Abbazi. Déjà dans son premier long métrage, De l’autre côté du fleuve, il nous proposa le premier film d’inspiration amazighe. Il récidive avec Les Trésors de l’Atlas. Tourné en arabe, le film est néanmoins empreint de mythologie amazighe (le référent spatio-temporel). La Porte close de Abdelkader Lagtaa renforce le sentiment de perdition, de mal existentiel de son personnage principal par son exil linguistique, incapable de communiquer avec la population de la région où il a été affecté comme instituteur chargé d’enseigner aux enfants autochtones une langue qui n’est pas leur langue maternelle. A Casablanca, les anges ne volent pas de Mohamed Asli, les séquences fortes du film, celles qui l’ancrent le plus dans une esthétique néoréaliste sont en langue amazighe. Cette présence fragmentée et parcellaire montrait donc ses limites. On ne peut parler dans ce cas de figure de films amazighs. Nous postulons en effet qu’un film amazigh est le résultat de tout un processus englobant non seulement la langue des dialogues mais l’ensemble du dispositif de production. C’est ainsi que dans cette perspect tive nous pouvons dire que Les Bandits de Saïd Naciri dans sa version doublée en amazigh n’est pas un film amazigh. Cela suppose au préalable une écriture, une production amazighe. Cela se décline également au niveau de la diégèse par la mise en place d’un univers approprié qui est la résultante d’un espace-temps spécifique. Good bye Khadija en est la parfaite illustration ; il nous transpose en effet dans un milieu très marqué culturellement. La jeune Khadija qui assiste à une production internationale dans sa région est empêchée d’accomplir son désir de cinéma parce qu’elle sera acculée à "émigrer" vers Marrakech pour être exploitée comme une "petite main" travailleuse dans une usine de textile, ou comme petite bonne, ce qui est souvent le cas. Ce récit minimal, très didactique, presque naïf est une véritable métaphore de l’essor de la question amazighe. Le film dégage une forte charge émotive, une sensation forte. Il nous fait vivre des retrouvailles avec une partie de nous-mêmes.
Mohammed Bakrim
Source : Liberation
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