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Sportifs

Larbi Benbarek

mercredi 19 octobre 2005

LÉGENDE OUBLIÉE

Il y a de cela cinq ans, Larbi Benbarek a quitté ce monde dans la plus grande des solitudes. Le destin, forcé par l’ingratitude des hommes, a voulu que son corps ne soit découvert qu’une semaine après sa mort. C’était le 16 septembre 1992.

Même dans l’extrême douleur de la mort, la perle noire a été délaissée par les siens dans le milieu du football. Auparavant, cette corporation a carrément oublié ce qu’il représentait comme mémoire de notre football.

Larbi Benbarek

Ailleurs, il est considéré comme le plus grand joueur de tous les temps. Dans son pays, il fut entouré de l’indifférence des responsables de notre football, voire de ses amis footballeurs.

Quand on l’a vu pour la dernière fois en 1986 dans son petit appartement de Benjdia, il était au summum de la déprime. L’homme piquait des colères inouïes à chaque fois que son interlocuteur osait prendre la parole. Il se sentait visé à la moindre réflexion.

Les cris de son fils, un arriéré mental cloîtré dans une chambre, rendait l’atmosphère encore plus tendue. L’homme a beaucoup souffert depuis qu’il a perdu sa femme. Une Française qu’il chérissait beaucoup et qu’il évoquait constamment les larmes aux yeux.

Dans la chambre où il nous recevait, étaient exposées toutes les coupes qui rendaient hommage à un footballeur exceptionnel. On y trouvait aussi un nombre incalculable de photos et plusieurs livres écrits sur lui. Des archives qui relatent toute sa carrière de footballeur en France et en Espagne où il était adulé avant et après la deuxième guerre mondiale. L’inexistence de la télévision à cette époque a extrêmement défavorisé cet artiste hors pair. Mais tous ceux qui l’ont vu à l’uvre, continuent à lui vouer une admiration sans borne. En France, les dirigeants de l’Olympique de Marseille, club où il avait joué, ne l’ont pas oublié.

Quelques années avant sa mort, ils lui ont rendu un hommage fastueux dans un hôtel de la ville. En Espagne, il demeure tout aussi célèbre après son brillant passage à l’Athlético de Madrid.

C’est chez lui que plusieurs générations ne connaissent rien sur cet artiste de la balle ronde. Depuis sa triste mort, ni la télévision, ni les autres médias, ni encore les responsables de notre football, n’ont daigné honorer sa mémoire.

Comble de malheur, le réaménagement du stade Phillip qui devait porter son nom, a été entaché de graves failles techniques.

Une bavure qui risque de perdurer la mise en oubliette d’un nom qui devrait être gravé en lettres d’or dans l’histoire du football national.

Par Hassan BENADAD

Maroc-hebdo

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