Economie
La régionalisation pour promouvoir le tourisme
Le désenclavement des régions du Sud s’impose
Les expertises sont unanimes pour soutenir que les activités touristiques deviendront à moyen terme la première activité économique dans le monde. Selon l’organisation mondiale du tourisme (OMT) le nombre d’arrivées de touristes internationaux a atteint en 2001 près de 693 millions. Les recettes sont évaluées à 462,2 milliards de dollars. Le tourisme représente plus de 10,1 % du PIB mondial, 10,7 % de l’investissement, 11,7 % des ressources fiscales et emploie 212,2 millions de personnes, soit 11 % de l’emploi mondial. Le tourisme représente une source considérable de revenus.
Il va sans dire qu’à l’image du reste, la répartition spatiale concerne principalement les pays fortement industrialisés qui accaparent le gros des flux. Il s’agit notamment de l’Europe, l’Amérique et la bordure du Pacifique. Globalement, la répartition se fait dans les quotités suivantes : 60 % pour l’Europe, 19,3 % pour l’Amérique et 13,6 % pour l’Asie et le Pacifique. En 1995, cinq Etats ont réalisé 52,6 % des dépenses du tourisme international. Il s’agit de l’Allemagne, Les Etats-Unis, le Japon, le Royaume Uni et la France.
Les grandes destinations touristiques dans le monde sont : la France 76,5 millions de touristes, l’Espagne 49,5, les Etats-Unis 45,5, l’Italie 39 et la Chine 33,2. Les pays en développement ne réalisent que 20 %. C’est dire l’importance des enjeux en présence et des stratégies de développement de ce secteur hautement concurrentiel. Pour ce qui est de notre pays, le tourisme représente une contribution à la balance des paiements de l’ordre de 2 à 3 fois supérieure à celle du textile, de l’agriculture ou des produits de la mer. Il est une véritable opportunité pour le développement économique et social.
Notre pays a certainement entrepris depuis 1964 d’énormes efforts en termes d’infrastructures de base, d’aménagement, d’investissement, de formation et de promotion. Les pouvoirs publics ont joué un rôle pionnier dans ce domaine à charge pour le secteur privé et semi-public aujourd’hui d’en assurer le relais et la continuité dans un nouveau contexte qui se fonde sur la qualité, la diversité, la compétitivité et la flexibilité eu égard aux constantes mutations que connaît la demande nationale et internationale.
Les grandes tendances observées aujourd’hui se résument dans les trois grands volets ci-après : Le voyage et son financement doivent être justifiés. La couleur locale, la découverte et la proximité sont une sorte de réponse à l’anonymat des grandes métropoles. Le désir de faire la fête en famille et/ou collective en réplique à la solitude quotidienne. Dans cette optique se dessinent quatre secteurs qui possèdent un fort potentiel de développement. Il s’agit de la culture, l’authenticité, la santé et l’équilibre personnel et enfin le sport et la poursuite de l’extrême.
L’on comprend aisément que l’ancienne tendance qui privilégie la formule du " prêt-à-voyager " est de plus en plus révolue et commence à se perdre dans les allées du tourisme mondial. La tendance qui se met progressivement en place est celle qui consiste à organiser soi-même et en fonction de ses moyens et de ses attentes ses vacances à la carte. La formule fait de plus en plus plusieurs adeptes encouragés par les nouvelles technologies de l’information. Les vacances sont alors de plus en plus courtes et se font plusieurs fois dans l’année. Toutes ces mutations sont en adéquation avec les multiples atouts dont dispose notre pays et particulièrement le sud-est et la Maroc central d’une façon générale.
Qu’en est-il pour la région du sud-est qui nous occupe ? Le choix de la région comme cadre de développement local est d’une grande importance. Il implique la proximité et, de ce fait, la maîtrise des contraintes, des atouts et des spécificités régionales à tous les niveaux. La région assure la diversification et la spécificité des offres proposées sur le marché des loisirs et doivent de ce fait être gérées par des structures multiples que doivent produire ces mêmes régions. Nous pensons, par exemple aux offices régionaux du tourisme qui se doivent d’être des entités autonomes mobilisatrices des ressources financières et des compétences régionales selon les formules en usage dans certaines destinations mondiales. La région touristique ne doit pas se confondre pas avec la région économique.
Le choix du tourisme en ce qui concerne le sud-est est, à coup sûr, un levier et une opportunité de développement eu égard à son importance dans l’économie mondiale et ses multiples implications sur l’économie de notre pays et singulièrement sur celle de la région du Sud dont il est potentiellement la plus importante possibilité pour un développement durable. En effet, le produit du Sud-Est est incontestablement de grande notoriété et se démarque complètement de l’offre nationale dans ce domaine.
L’authenticité, la diversité des sites, la luminosité, la richesse de la faune et de la flore, la bio-diversité, la sécurité, l’accueil, le capital image, la proximité et les infrastructures de base sont, sans exclusive, ses points forts. L’enclavement, l’inadaptation de l’offre, le potentiel sous exploité, le peu de promotion et d’animation, le manque de synergie, le découpage administratif handicapent, à plus d’égards, son développement et sa prééminence.
L’évaluation de la situation actuelle du secteur et de ses impacts permet d’affirmer, sans trop de risque d’erreur, qu’ils sont en deçà des résultats « naturels » que l’on peut escompter. Plusieurs raisons expliquent ce phénomène. L’analyse de plusieurs indicateurs conforte ce constat perfectible que d’aucuns ne peuvent qu’affirmer. Avec une capacité de 8.749 lits (Classés), les trois provinces détiennent 8% de la capacité nationale. Les arrivées enregistrées en 2003 sont de 333.508, soit 9,1 % des arrivées et 4,9 % des nuitées enregistrées au niveau du pays, ce qui explique la faiblesse de la durée moyenne de séjour qui n’est que de 1,7 nuit par touriste.
Le tourisme dans la région connaît une forte saisonnalité. Les deux mois de mars et avril enregistrent le tiers des arrivées annuelles. Ceci explique la faiblesse des taux d’occupation des infrastructures d’accueil et leur hypothétique rentabilité. La demande se caractérise par une forte dépendance envers le marché français qui enregistre 65,5 % de l’ensemble des arrivées suivi par le marché national qui accuse presque 8%. Les marchés allemand, italien et espagnol détiennent respectivement 4,3 4,1 et 3,1 des arrivées. Ces cinq marchés représentent 84,9 % des arrivées enregistrées dans cette région.
Ce phénomène de baisse de performance constaté sur plusieurs années successives doit interpeller l’ensemble des intervenants aussi bien institutionnels que privés. Il a un nom : l’inadéquation de l’offre et de la demande. La répartition inégale des structures d’accueil et leur concentration sur les chefs lieux des provinces contribue fortement à marginaliser les sites à fort potentiel. Le « circuit » fastidieux, rebutant et monotone se traduit par une image négative du produit alors qu’il est tout le contraire.
Le peu d’animation sportive, culturel, artistique, le manque de musées et de centres attractifs dévalorisent de plus en plus l’ensemble de cette région à fort potentiel touristique. Alors que les attentes de la demande internationale et nationale évoluent en permanence sous la pression de l’environnement socio-économique et culturel, le « circuit » avec ses étapes fastidieuses domine inexorablement l’espace touristique du sud-est qui, en revanche, offre toutes les possibilités de diversification, de séjour, de dépaysement, nonobstant tous les autres ingrédients qui font la notoriété du produit sud.
La configuration actuelle ne peut qu’assurer une faible rentabilité des structures existantes et, encore moins, permettre une dynamique pour un développement qui toucherait un ensemble des activités économiques régionales, d’où la nécessité d’une recomposition du produit, d’une redistribution spatiale des structures d’accueil, d’une diversification maîtrisée et d’une volonté de l’ériger en un produit à part entière qui se développera dans l’espace que forment les provinces de Ouarzazate, Zagora, Errachidia et Azilal, pour ne citer que celles-ci, et non comme un prolongement de certaines destinations, Marrakech et Agadir, qui se valorisent à ses dépens.
Bien sûr, la mise en œuvre de cette vision nécessite toute une instrumentation et des mesures concrètes dont notamment la réhabilitation du patrimoine, la sauvegarde de l’environnement, la capacité des élites locales à gérer cette nouvelle approche de développement selon des stratégies concertées, des GIE et à partir d’un nouveau concept de région touristique, une région qui associe la montagne, aux oasis, au désert, une région connue dans les grands marchés émetteurs et c’est déjà le gage de la faisabilité de cette option.
* Ecrivain, chercheur Mohamed El Manouar*
Source : Le matin
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