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L’hallucinante absence de l’amazighité dans les médias marocains

vendredi 8 juillet 2005

À notre époque, l’image est un trait majeur de la civilisation actuelle. Ses pouvoirs sont immenses et ses messages sont tout autant infinis. Exister équivaut presque à se mettre en image ou à l’image. Dans le paraître, il y a l’être comme disait je ne sais plus quel philosophe. Bref, l’image est d’une importance capitale. Ce qui est encore plus vraie avec l’image de la télévision qui confère à ceux qui la possèdent beaucoup de puissance.

Quand les moyens médiatiques étaient détenus par l’État, les Amazighs n’existaient tout simplement pas. Ce qui est conforme à son idéologie qui fait d’une confusion entre l’arabité et l’Islam, le seul paramètre qui définit l’identité d’une nation qui se construit. L’héritage français, représenté par un jacobinisme exacerbé, n’est pas pour arranger les choses. Un seul peuple, une seule langue est un credo sacré. Prôner l’amazighité, c’est le remettre en cause. Donc, la punition ne tarde pas à tomber. Le cas du poète amazighe, feu Ali Azayku, est dans toutes les mémoires.

Dans ce sens, l’amazighité est subversive -selon le régime- car elle met en cause tout un échafaudage idéologique disons bricolée à la hâte. De là, on peut expliquer l’absence quasi totale des Amazighs dans les médias télévisuels publics et les hésitations actuelles du gouvernement à leur donner la possibilité d’y accéder. Il arrive rarement qu’on les montre, et si on les montre, c’est toujours sous une forme folklorique dépréciative à telle enseigne qu’on peut penser que seuls les Amazighs ont les monopole du folklore, de tous les folklores.

Le système marocain à un mal fou à traiter avec l’amazighité. En témoigne les formules de probabilités utilisées abondamment par notre ministre de la communication, Nabil Ben Abdellah. Rien n’est jamais sûr et encore moins définitif avec ce ministre quand il est question de l’intégration de l’amazighité dans les médias. Il a même prétexté l’absence de moyens financiers. Mais cela ne l’a pas empêché d’annoncer fièrement la création de plusieurs chaînes arabes - un autre projet de chaîne parlementaire en cours de finalisation. Bizarrement, là on trouve le financement ! Ce qui ne nous empêche pas de penser que la reconnaissance officielle de l’amazighité est plus une blague de mauvais goût qu’autre chose. Alors, comment peut-on expliquer cette attitude de refus de donner de la visibilité à l’amazighité ? Pourquoi le gouvernement est-il aussi sourd à une revendication tout à fait légitime ?

Cela fait des années que les Amazighs demandent une présence dans les médias. On parlait même à un moment de poursuites judiciaires contre les deux chaînes nationales. Il faut reconnaître qu’elle n’ont rien de nationales dans la mesure où une grande partie de la population du pays n’a même pas le droit de s’y voir et d’y être vue. Un vrai racisme, doublé d’une amazighophobie maladive, qui est malheureusement institutionnalisé si bien qu’elle est terriblement difficile de le combattre. Car les gens la considèrent comme allant de soi et partant tout à fait légitime.

La réaction des Amazighs par rapport à ce déni de justice absolument insupportable était de se prendre en charge. Comme toujours. Ils n’ont pas hésité à mette la main à la pâte. Pragmatiques qu’ils sont, ils ont investi la video d’une manière massive. Des dizaines et des dizaines de films sont produits depuis une dizaine d ‘années. Ce qui montre un besoin énorme que normalement un État à l’écoute de son peuple doit satisfaire. Comment ? En fondant une chaîne nationale amazighe pour leur donner la possibilité d’y exprimer leurs créativité.

On pourra toujours attendre ! Ce qui est une fois de plus la preuve que l’État est, d’une part, à des années lumière des aspirations de sa population amazighe, et, d’autre part, c’est une manière, indirecte certes, de signifier qu’il fait peu de cas des revendications du mouvement amazigh. Ce que d’aucuns pensent depuis belle lurette.

Pour autant, beaucoup d’Amazighs espèrent qu’avec la nouvelle loi sur l’audiovisuel, enfin, ils auront l’occasion de se mettre en scène. Encore faut-il que le capital suive. Ce qui n’es pas du tout évident car l’amazighité est toujours suspicieuse. Il sera difficile que les hommes d’affaires osent investir leur argent dans une entreprise médiatique amazighe de peur de fâcher le régime. Il faut donc attendre non pas un loi sur les médias, mais plutôt une démocratisation du système politique marocain. À voir la cadence avec laquelle vont les réformes, on peut parier que ce n’est pas pour demain. L’amazighité dans les médias devient tout simplement un vœu pieux.

En attendant, on peut se contenter des miettes. L’IRCAM a été tout fier d’annoncer sur son site Internet qu’il n’a négocié que 26 minutes hebdomadaires avec 2M une population de plusieurs millions d’âmes. Espérons au moins qu’il sera en amazigh et non pas sur les Amazighs et en arabe en plus ! Wait and see !

Lahsen Oulhadj (Montréal)

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