Culture
L’haj Belaid en BD
BD. Des bulles pAvec une première bande dessinée dédiée au troubadour soussi L’haj Belaïd, Larbi Babahadi défend, à sa manière, la mémoire amazighe. La bande dessinée serait-elle la meilleure manière de revenir sur l’histoire occultée du Maroc ? “Oui, répond sans hésiter Larbi Babahadi, enseignant retraité reconverti dans les bulles. Les Marocains ne lisent plus et la BD peut les réconcilier à la fois avec la culture littéraire et leur mémoire”. L’homme aux cheveux grisonnants et au sourire figé vient de publier, aux éditions Sapress, sa première œuvre du genre,
sobrement intitulée L’hadj Belaïd et dédiée au célèbre poète et chanteur berbère du début du 20ème siècle.
our le dire
Pourquoi donc le dessin, et pourquoi L’haj Belaïd ?
Né à Safi en 1949, Babahadi (Bab’s pour les intimes) se souvient d’avoir toujours dessiné. D’abord enfant, sur les créations des potiers de sa ville natale, ou sur les pupitres de son école primaire à Agadir, où sa famille est revenue à sa terre originelle. Un retour aux sources douloureux, puisque Larbi perd 8 frères et sœurs dans le tremblement de terre de 1960, avant que sa famille ne se retrouve parquée dans un bidonville. Plusieurs années et quelques bêtises plus tard (“Il a fallu que je devienne un voyou pour survivre dans mon quartier”), le jeune Larbi s’envole pour l’Hexagone suivre des études de lettres, financées par une foule de petits boulots (chauffeur de poids lourds, dessinateur sérigraphe…). Tout en préparant son doctorat, l’homme tâte du marxisme, goûte à la vie de bohème et dessine même des T-shirts pour un certain Bob Marley, suite à une rencontre lors d’une soirée enfumée. De retour au Maroc au début des années 80, Bab’s forme les futurs professeurs de français du pays… et travaille dans la conception d’emballages alimentaires “pour joindre les deux bouts”.
Une histoire à revisiter
C’est finalement une hospitalisation qui poussera Larbi Babahadi à replonger dans ses racines amazighes et à laisser derrière lui “autre chose que des dessins sur des boîtes de conserve”. “L’idée de mettre en dessins la vie de L’haj Belaïd m’est venue pendant un séjour en clinique. Ma réelle thérapie, c’était les chansons de ce troubadour, qui tournaient en boucle dans ma chambre”, explique-t-il. Le résultat : un album de 41 pages, en noir et blanc, avec un dessin au trait volontairement simple (“Ça parle mieux à la majorité des Marocains”, explique l’auteur), relatant le parcours extraordinaire d’un homme devenu une légende. Le tout accompagné des textes écrits par le raïss, en caractères latins, tifinaghs et arabes, dans les langues française et amazighe. Des écrits qui chantent la passion de l’amour et la beauté des femmes.
Berger, acrobate puis enseignant dans une médersa, L’haj Belaïd a longtemps tu ses talents de musicien. La BD raconte comment il fit son “coming out”, criant à ses collègues : “Dieu a autorisé les gens à vendre leurs biens. Mon unique bien est ma musique : laissez-moi vendre ma musique !”. Ainsi démarra la carrière du chanteur, apprécié par le Maréchal Lyautey et ami du maestro égyptien Mohamed Abdelwahab, qui fit la fierté de Mohammed V lorsqu’il enregistra ses premiers 45 tours avec le label français Pathé Marconi. La mort en 1946 du maître de la chanson soussie n’a pas signé la disparition de son œuvre. Aujourd’hui encore, il n’est pas rare de tomber sur des reprises de ses tubes, en version reggae ou salsa : le groupe gadiri Amarg Fusion avait d’ailleurs largement puisé dans ce legs matière à ses chansons. Un héritage que Larbi Babahadi brandit aujourd’hui comme un étendard : “L’histoire du Maroc ne commence pas avec l’arrivée des arabes. Il est nécessaire de revenir sur les pages du passé berbère, du Maroc à la Tunisie, et récupérer chez les historiens européens les aventures d’Hannibal et de Juba (Ndlr, rois berbères de l’Antiquité)”, s’insurge-t-il.
Prochaine étape : une nouvelle bande dessinée, confectionnée à quatre mains avec son frère Hafid et intitulée Les racines d’Argania. Une fresque retraçant la partie marocaine de la mythologie grecque, où l’on retrouve Hercule déambulant dans le Jardin des Hespérides, près de Larache, où les pommes d’or ne sont que de vulgaires oranges. En attendant, rendez-vous est donné à L’Institut français d’Agadir, pour une séance de dédicace le 28 mars. Avis aux fans… de L’haj Belaïd.
Source : Telquel
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