Culture
Interview du poète et peintre Atanan ayt Ulahyan
Atanan ayt Ulahyan, dans un entretien avec souss.com : " l’écriture et tout autre moyen d’expression, que ce soit la chanson ou la peinture sont des armes de combat, pour défendre notre identité opprimée et menacée d’extinction, et non un moyen de divertissement personnel, pour pallier la nostalgie et l’ennui de l’"exil".
Souss.com : Les internautes vous connaissent comme étant l’artiste peintre et le Poète de la culture Amazigh du souss, Pouvez vous vous présenter ?
Atanane : Merci pour ton accueil, Souss ; ça me fait plaisir de fréquenter ce site, qui est dynamique et riche en contributions !
Je suis natif de la ville d’Agadir ; mon père était originaire de Idaw Tanane, où j’ai encore de la famille, ainsi que dans la région de Tamanar.
J’ai fait mes études primaires et secondaires à Agadir, ensuite la faculté de lettres à Rabat, car à l’époque (1984) il n’ y avait pas encore d’université à Agadir. Après une maîtrise de français à Rabat on m’a conseillé de pousser plus loin, donc je suis venu en France, dans la région parisienne, pour faire des études supérieures.
Je désirais rentrer le plus vite possible au Maroc, une fois mes études terminées car les conditions de vie étaient assez difficiles pour moi et je n’avais pas de famille en France. Mais une fois au Maroc j’ai trouvé les portes professionnelles fermées pour moi. Retour donc en France, où j’ai pu facilement trouver un emploi en tant que professeur de lettres modernes, à l’Education nationale. J’en garde un profond regret pour mon pays et parfois de la tristesse, mais je me plais bien en France, maintenant !
Sc : Cet exil a donc était difficile pour vous ! Comment avez-vous fait pour compenser ce manque du pays ?
Rien ne peut effacer la nostalgie du pays, ni compenser l’absence de la famille, des amis, des lieux que l’on aime. C’est vrai, l’éloignement nous fait ressentir davantage le désir d’un retour aux sources, de revivre plus intensément notre identité et nos traditions ; on remarque souvent ce phénomène de repli et d’exaltation identitaire parmi les populations immigrées, ce qui cause souvent des conflits par rapport à ce que l’on appelle " l’intégration", l’insertion dans la société d’accueil...
Mais " l’exil", comme vous dites peut- être un facteur très positif, une chance pour l’amazighité : je pense sincèrement que lorsqu’on est séparé de sa culture on désire la retrouver et la revivre de façon plus forte, la défendre et l’aider à s’épanouir : c’est le sentiment qui anime la plupart d’entre nous.
En ce qui me concerne, l’écriture et la peinture ne sont pas une façon de compenser cette séparation du pays. Déjà quand j’étais au Maroc j’aimais peindre, écrire, mais je n’étais pas intéressé alors par les éléments de ma propre culture.
L’expression littéraire et artistique sont pour moi des façons d’exprimer une conscience identitaire que je ressens en danger, une façon détournée d’exprimer mes convictions politiques, toujours au service d’une cause que je trouve noble et juste, l’amazighité.
L’écriture et tout autre moyen d’expression, que ce soit la chanson ou la peinture sont des armes de combat, pour défendre notre identité opprimée et menacée d’extinction, et non un moyen de divertissement personnel, pour pallier la nostalgie et l’ennui de l’"exil".
Sc : Vous passez des messages d’amour, d’espoir, de patience et de courage a travers vos peintures et poèmes, pensez vous que la situation de la cause Amazigh s’améliore t’elle ?
Je dirai que j’essaye modestement, à ma façon, d’exprimer un cri amazighe, l’espoir de ma nation, l’idéal de justice et de liberté désiré par des millions d’Imazighens d’où qu’ils soient de Tamazgha, avides de dignité et de reconnaissance.
Malgré nos espoirs déçus après les indépendances des années soixante et les promesses non tenues, malgré la marginalisation économique et culturelle que subit de nos jours notre peuple, la misère intellectuelle et spirituelle, les mensonges et la désinformation que nous subissons et qui persistent encore, je reste optimiste quand je constate la vitalité du mouvement amazighe et les progrès que réalise notre cause, le débat politique, social et culturel qu’elle suscite, l’espoir de tout notre peuple.
Nous sommes privilégiés car nous assistons à la Renaissance d’un mouvement identitaire très fort et nous accompagnons un tournant décisif dans notre Histoire contemporaine.
Personnellement je considère l’IRCAM comme une grande réalisation culturelle pour tous les Imazighens, qui doit être suivie par la création nécessaire d’autres instituts culturels. Malgré son sérieux intellectuel et l’intégrité de ses membres, il ne peut pas centraliser toutes les aspirations et revendications de notre identité, histoire, culture, ni s’occuper efficacement de nos préoccupations économiques et sociales.
L’IRCAM est un bon début, un signal fort pour tous les Imazighens, comme le fut le Printemps berbère kabyle ; c’est une étape récente qui a été nécessaire dans la reconnaissance , pas encore complète, des revendications du Mouvement amazighe.
Nous ne sommes pas naïfs, nous voyons bien que l’action de cet Institut dont la mission est culturelle, rappelons le_, est constamment entravée, que ce soit dans l’application du calendrier de la diffusion de l’enseignement de la langue tamazighte, la formation pédagogique des maîtres, la publication et la diffusion des manuels scolaires, les mascarades quant à l’octroi d’une chaîne nationale tamazighte, etc...
Il ne faut pas " tirer sur l’ambulance", comme dit l’expression ; l’IRCAM est là et il sert à quelque chose, la mise en route de l’enseignement de tamazighte, la standardisation de la langue, l’adoption du tifinagh comme alphabet amazighe et son adoption comme police de caractères mondialement reconnue etc... même si il semble encore symbolique et fragile _ démission de sept de ses membres _, il nous appartient, mais il ne peut pas tout concrétiser à lui seul face au makhzen, aux intérêts politiques, idéologiques et économiques des partis politiques traditionnels à la tête du pouvoir parlementaire et législatif, les groupes pseudo intellectuels et religieux arabistes, wahabistes, fassistes et consorts, dont le dénominateur commun est de combattre et d’éradiquer notre identité et notre langue.
N’étant pas un politicien ni un militant ( un "ameghnas" comme on dit ! je tiens à exprimer toute mon admiration et reconnaissance à tous ces jeunes et moins jeunes des associations présentes sur le terrain qui luttent pour faire avancer les choses concrètement malgré les obstructions et les intimidations policières et administratives.
Exprimer l’amazighité, sa richesse, sa beauté, ses aspirations, ses légendes et ses histoires belles et tragiques, c’est ce que j’essaye d’exprimer à ma manière. Mon travail est un acte de gratitude et de résistance. Je voudrai dire tout ce que je dois à cette culture fabuleuse, un trésor, notre vrai héritage dont nous avons été spoliés.
Quand je dessine ou quand j’écris c’est ce cri amazighe que je veux exprimer : justice et vérité ! Je ne suis ni un vrai artiste ni un poète inspiré par les muses, je ne dis que la réalité que je vois et que je vis, de la manière la plus réaliste qui soit. C’est un devoir citoyen, une revendication légitime.
Notre peuple ne connaît pas encore parfaitement ni son Histoire, ni sa richesse culturelle. Les générations amazighes futures seront encore plus fécondes et plus progressistes que nous. Il faut leur transmettre le message : "Yaddli, ass d- azeka, Tamazgha ra- tili bedda !"
Le monde n’a pas encore entendu parler de nous, de notre identité et de notre drame : il reste encore beaucoup de choses à faire !
Sc : Un dernier message pour nos jeunes Imazighens ?
Pour la dernière question, j’estime que je n’ai pas de conseils à donner à nos jeunes Imazighens. Ils sont responsables, conscients de leur identité profonde, très attachés à leur culture, encore plus que les générations précédentes, je crois. J’ai eu le plaisir de m’en rendre compte personnellement à Agadir, mais aussi en France, lors de manifestations culturelles où j’étais présent.
On assiste vraiment à un " Réveil" sans précédent de la fierté amazighe, surtout parmi les jeunes, et c’est tant mieux ! Au contraire, ce sont nous, les " anciens", nés dans les années soixante, qui regardons avec étonnement, admiration et envie ces jeunes qui n’ont plus de complexes à dire qui ils sont et à exprimer haut et fort leur identité : on le constate par exemple sur Internet, le nombre impressionnant de sites web créés par les jeunes, leur participation active au sein des forums où ils montrent leur intérêt pour tout ce qui touche notre langue et notre culture, ainsi que la maturité de leur engagement politique, les revendications légitimes qu’ils expriment haut et fort lors des manifestations pacifiques et citoyennes ; lycéens, étudiants se retrouvent en masse, malgré l’opposition bornée des autorités makhzéniennes et policières, comme ce fut le cas en avril 2004 à Agadir.
Nos jeunes ce sont nos héros, nos porte- flambeau amazighe, car le sentiment de l’amazighité est resté chez eux intacte et aigüe, encore plus vivace que chez les générations précédentes qui avaient subi la chape de plomb des années d’oppression 1960 / 1990.
Pour ma part je souhaite que cette renaissance identitaire se renforce et se propage encore davantage, car c’est l’espoir de tout notre peuple et de notre nation amazighe pour plus de liberté d’expression, de liberté, de démocratie et de progrès.
Que les jeunes Imazighens continuent donc d’exprimer comme ils le font leur amazighitude, de revendiquer nos Droits dans tous les domaines, culturel, politique, sportif, etc... par des réalisations positives et concrètes, qu’ils amplifient leur action, car ce sont eux qui ont raison et qui montrent aux " Anciens" la bonne voie à suivre.
Si j’ai un seul conseil pourtant à donner aux jeunes Imazighens, c’est de rester solidaires et unis dans l’idée de " Tanekra n- Imazighens", comme l’a si bien exprimé Yuba dans sa magnifique chanson " Awsi gmak a yughlid" :
Car ce qui nous désole, malheureusement, ce sont ceux de nos compatriotes qui se plaisent à critiquer, voire à dénigrer tout ce qu’entreprennent leurs frères et soeurs Imazighens : au lieu d’encourager, d’aider, de voir ce qui est avantageux pour notre cause, certains aiment l’intrigue, se plaisent à dire du mal, à casser le moral des " troupes", à ne voir que le défaut du moindre effort entrepris, ce qui créé un malaise et des tensions au sein du mouvement : les adversaires de l’amazighité_ et ils sont nombreux_ le savent très bien, eux qui appliquent le principe " diviser pour régner", qui nous a toujours porté du tort.
Que la famille amazighe reste unie face à nos adversaires, quelques soient nos différences, que l’on soit du Rif, du Moyen Atlas, du Souss ou du Sud Est, de Kabylie ou des Aures, Canarien ou Touareg : nous sommes une seule et grande communauté riche culturellement et diverse, avec un seul et même combat, le même idéal, l’amazighité qui est notre force : Unité dans la diversité !
TUDERT I IMAZIGHEN !
Mohamed-Ali
En liaison avec cette article
Même rubrique
- IRCAM : séance de travail autour de la culture marocaine
- L’IRCAM rend hommage à M. Belaïd El Akkaf et à la chorale de l’Institut
- L’IRCAM édite son premier CD de chansons
- Une précense honorable de L’ircam
- Fatima Agnaou, chercheur au CRDPP, vient de publier trois contes pour enfantse
- Sortie du numéro double,3 et 4, du bulletin de l’IRCAM, INGHMISN N USINAG
- Séance de travail entre l’IRCAM et 2M
- Deuxième Festival d’Agadir « Timitar »
Atanane
- Ils ont aimé
- Réactions
- Maroc : Appel à la création d’une commission mixte entre les Parlements marocain et européen
- L’organisation à Rabat de la Finale mondiale de l’athlétisme un acquis précieux pour le sport marocain
- Maroc : Le Parlement est appelé à se pencher sur un certain nombre de réformes pour accompagner le Statut avancé a affirmé M.Mustapha Mansouri
- Les Marocaines déçues par l’application du code de la famille
- Semaine culturelle au parlement mexicain pour commémorer les 46 ans des relations diplomatiques maroco-mexicaines
- Constitution d’une commission régionale provisoire du Mouvement pour tous les démocrates dans la région du Souss
- Le Président français affirme partager l’inquiétude de SM le Roi Mohammed VI Président du Comité Al Qods, concernant Al Qods Acharif
- Don chinois au Maroc sous forme d’équipements informatiques et bureautiques
- Laryach
- Démolition des bidonvilles à Anza : Des démarches hâtives et inhumaines
- Création d’une Maison du Safran à Taliouine
- Un vigile marocain tué à Boulogne-Billancourt
- Tourisme sexuel et pédophile : La filière marocaine mise à nu
- Communiqué de Paola Polizzi sur le conflit de la medina
- La Médina d’Agadir menacée par les artisans patentés
- Affaire Karam : La justice rend son verdict





