Culture
Interview avec M. Lahbib Fouad
Une traduction en langue amazighe du « Code de la famille » (asadûf n takat) vient d’être publiée au Maroc. Cette traduction effectuée par Lahbib Fouad, auteur en langue amaizigh, peintre et chercheur à l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM) a pour but de vulgariser les dispositions du Code de la famille. Nous avons rencontré Lahbib à Rabat. il a répondu très volontier à nos quesctions.
1- Pourquoi cette traduction ?
C’est suite à la demande de l’organisation Tamaynut que je décidé de traduire le code de la famille. J’ai profité de cette occasion pour le lire et découvrir son contenu que je ne connaissais pas auparavant.
2- Et en quoi peut-elle aider à vulgariser les droits de la femme au Maroc ?
Vu le pourcentage de l’analphabétisme des marocains en général et de la femme en particulier, ni la version arabe ni la version amazighe ne peut vulgariser le code de la famille. Et sachant que la langue amazighe est essentiellement orale, cette traduction ne sera utile que si elle est enregistrée sur des supports audio et diffusée dans les foyers par radio ou autres.
3- Quels sont les problèmes que vous avez rencontré lors de ce travail ?
C’est le texte qui a été le plus difficile pour moi à traduire ! Bien que je sois l’auteur de plusieurs traductions d’œuvres littéraires, le code de la famille était pour moi d’une énorme complexité à traduire. Ceci du fait de sa nature juridique, inspirée essentiellement de textes de la chariaa et du Coran. Le vocabulaire lié à ce domaine n’existe en langue amazighe que sous forme d’emprunts à l’arabe ! La première difficulté était d’abord de comprendre les articles du code ! Etant écrits en arabe classique, renvoyant directement au droit islamique et à la chariaa, la compréhension n’était toujours pas évidente, même en maîtrisant suffisamment la langue arabe. Souvent, je rencontre des articles opaques et incompréhensibles. Un lecteur non spécialisé ne peut comprendre la quasi-totalité des articles du code. Il n’y a que les foqaha et les juges qui peuvent comprendre le texte de la Moudouwana. Pour essayer de remédier à ce problème, j’ai cherché la traduction du Code de la Famille en français. Je n’ai trouvé qu’une version non officielle dans le site web du ministère de la justice. Bien que cette traduction m’ait beaucoup aidé à saisir le sens des articles et les comparer à ceux de la version arabe, le problème du lexique reste entier puisque, dans la traduction française, une grande partie du vocabulaire de la chariaa est gardé en langue arabe. Le problème était donc : comment vulgariser le contenu de la moudouwana en une langue amazighe très accessible, sinon a un lecteur, du moins à un auditeur amazighophone à qui en lirait les articles. La tache étant évidemment très pénible. J’ai bien entendu, grader le vocabulaire de la chariaa en langue arabe, tout en puisant dans le socle amazigh le correspondant de certaines notions populaires. Cette traduction m’a permis de découvrir un lexique important des termes juridiques en amazighe, et de tester les limites de mes capacités à traduire un texte de nature très particulière : la chariaa.
4- A votre avis, est ce que le code de la famille actuel répond aux aspirations des défenseurs des droits de la femme ?
On assiste souvent à une multitude de détours pour ramener le texte de la moudouwana afin qu’il soit conforme à la chariaa.... « Bien que la Moudouwana actuelle protège certains intérêts et certains droits légitimes des conjoints et des enfants, elle demeure encore méprisante envers la femme dans plusieurs articles ». « Malgré que l’article 19 stipule que l’âge obligatoire de mariage est 18 ans, les articles suivants donnent au juge de la famille le droit d’autoriser le mariage d’une mineure... » « L’article 84 prévoit un « don de la consolation Moutâa » comme l’un des droits dus à l’épouse divorcée. Reléguant ainsi la femme à un « objet de plaisir » comme si la femme ne réjouissait d’aucun plaisir avec son ex-époux !! » ...
De Lhoussain Azergui
Source : nkerxla.blogspot.com/
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