Social
Anfgou, le village où les enfants meurent de froid
A Angfou, village du Moyen-Atlas marocain, on meurt encore de froid et de malnutrition : vingt-sept décès lors de l’hiver 2006, trois en 2007. Dont une majorité d’enfants. Angfou est un petit village marocain du Moyen-Atlas de 4 500 âmes qui vivent chichement de l’élevage de brebis. Pour s’y rendre, c’est le parcours du combattant : il faut rallier le bourg de Khenifra, traverser la petite commune rurale d’Anmezi Tounfit et enfin trouver un 4x4 pour parcourir les 70 kilomètres de piste restants. Et encore faut-il croiser les doigts pour que la neige ne bloque pas la route. En hiver, les températures flirtent avec les -10°C et il peut tomber jusqu’à 1,50 mètre de neige.
Lorsque c’est le cas, Angfou se retrouve coupé du reste du monde. Les villageois n’ont d’autre choix que d’attendre la fonte des neiges. Dès qu’un camion ou une Jeep pointe son nez, toute la population, vêtue de djellabas, accourt, espérant une quelconque aide. Couvertures, vivres, médicaments, produits de première nécessité… L’hiver, on manque de tout à Angfou et la malnutrition fait des ravages. Pour ne rien arranger, dès que la route est coupée, la spéculation bat son plein, faisant tripler le prix des petites bonbonnes de gaz.
A l’hiver 2006, Angfou a défrayé la chronique au Maroc. Vingt-sept de ses habitants, dont une majorité de femmes et d’enfants, sont morts. Officiellement de froid et de malnutrition. Des militants associatifs locaux évoquent une épidémie et parlent d’un mystérieux rhume s’accompagnant d’une toux aigüe et de diarrhée dont souffraient les enfants lors de leur décès. Mais aucune confirmation médicale n’est venue étayer cette thèse.
« Ils nous ont promis monts et merveilles »
Par contre, l’énorme scandale médiatique qui a suivi a poussé les autorités à sortir de leur torpeur. La conseillère du Roi Zoulikha Nasri, le général Hosni Benslimane, patron de la Gendarmerie royale, les ministres de la Santé et de l’Intérieur ont été dépêchés sur place en hélicoptère. Tous ont promis de désenclaver le village et, tant qu’on y est, la région. On est loin du compte. « Il n’y a aucune différence entre l’année dernière et cette année. La route n’a pas été construite. Début janvier, la neige est tombée abondamment, isolant des centaines de familles » s’indigne Aziz Akkaoui, secrétaire de la section de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) dans la province de Khenifra. « En 2006, nous avons vu défiler un cortège de ministres. Ils nous ont promis monts et merveilles. Les projets restent couchés sur le papier alors que la réalité des habitants est catastrophique » renchérit M. Attaoui, un autre militant associatif. Les habitants d’Angfou, eux, ne se font plus d’illusions : « nous n’avons ni routes, ni réseau téléphonique. On vit au jour le jour » lance en langue berbère un quadragénaire. Comme pour confirmer ces dires, trois enfants sont encore morts en janvier dernier.
Les enfants au rapport
Les enfants marocains, principales victimes du coup de froid d’Angfou l’hiver dernier, sont de loin les plus mal lotis du Maghreb et même du monde arabe. Et ce ne sont pas des ennemis du royaume enchanté qui l’affirment mais la Banque Mondiale et l’Unicef, dans deux rapports publiés en février 2008.
Ainsi, l’étude de la Banque Mondiale consacrée aux systèmes éducatifs au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, classe le Maroc à la 126è place. Au même niveau que Djibouti, le Yémen et que l’Irak. Rien que cela ! L’Unicef, elle, dans un rapport sur la situation des enfants au royaume enchanté, manie la carotte et le bâton. Si des progrès ont bien été accomplis au niveau de la loi (réformes du Code de la famille, du Code du travail…), la mortalité infantile a augmenté en cinq ans. Ainsi, 5 enfants sur 100 meurent encore avant l’âge de 5 ans. Le Cèdre, une richesse qui échappe aux habitants Seul changement palpable, quatre campements sanitaires de la fondation Mohammed V de la solidarité - joli joujou royal créé en 1999 pour lutter contre la pauvreté - qui ont poussé dans la région. « Dans chaque campement, on trouve un médecin généraliste et une sage-femme. Mais ils ne disposent pas de médicaments adaptés à la nature des maladies liées au climat local comme les pneumonies et la tuberculose. De toutes les façons, ils sont en mission pour six mois et lèveront les voiles dans un mois. On aura de nouveau un médecin pour les 24 000 habitants dans la région et celui-ci se trouve à 75 kilomètres d’Angfou » déplore M. Attaoui
Pourtant, cette contrée est l’une des plus aisée du Maroc car elle abrite une vaste réserve de cèdres. « Le budget de la commune dont dépend la localité d’Anfgou dégage un excédent annuel de 25 millions de dirhams (un peu moins de 2,5 millions d’euros). Où part l’argent ? » s’interroge M. Attaoui. A Angfou, on évoque à demi-mots une mafia du bois. Le bureau forestier de Khenifra vient d’ailleurs de publier un rapport sur les risques de disparition définitive du cèdre « si des mesures urgentes ne sont pas prises ». Si les mesures prises par les autorités pour préserver les cèdres se révèlent aussi inefficaces que celles pour désenclaver Angfou, on se demande bien ce qui pourrait sauver le village.
Source : Bakchich.info
En liaison avec cette article
Même rubrique
- Une mafia du sexe bien organisée
- Agadir : Scandale du CDR pornographique
- Il se disait journaliste pour pièger des fillettes marocaine
- Aourid : Sachons gérer nos différences
- Razzia et pillages : les populations de Tafraout..
- M. Aourid : l’amazighité, une composante essentielle de l’identité marocaine
- La ruée vers Internet
- Internet : Le parti des jeunes
Anfgou
Pauvreté
1 Message
- Ils ont aimé
- Réactions
- Une source musicale venue d’Agadir
- ALSA à Agadir : Fin du supplice RATAG ?
- Un groupe de 2.000 personnes sur Facebook soutient un Marocain expulsable
- Le footballeur marocain Mbarek Boussoufa crée une association d’Œuvres caritatives pour l’amélioration des conditions des enfants et des jeunes au Maroc
- Une source musicale venue d’Agadir
- Le Facebook mania » au Maroc
- Une source musicale venue d’Agadir
- Free inclut les appels vers le Maroc







Angfou, le village où les enfants meurent de froid
salt justement 1 petit modification c’est ANFGOU pas ANGFOU merci .