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Agadir : L’envers du décor des champs marocains

mercredi 23 juillet 2008

Les récoltes de primeurs au Maroc se font au détriment des droits sociaux et provoquent des dégâts écologiques importants. Reportage dans la plaine d’Agadir. À l’aube, les routes du Souss Massa Drâa sont parcourues de camionnettes remplies d’ombres drapées : des ouvrières agricoles entassées. On les achemine vers de grandes exploitations à capitaux marocains (notamment royaux), français ou espagnols. Cette région semi-aride, qui s’étale d’Agadir au pied de l’Atlas, est la première zone de cultures de primeurs du Maroc. Elle produit 685 000 tonnes de légumes, dont 95 % des exportations nationales de tomates, surtout écoulées sur le marché français d’octobre à juin. Vient ensuite l’agrumiculture.

Kabira, usée, insultée, frappée

« Tomates, courgettes, oranges... J’ai tout fait ! », soupire Kabira, qui travaille depuis sept ans sans contrat, au gré des récoltes, pour 4,35 € par jour, selon le salaire d’usage. Dernièrement, elle a enfin reçu un relevé de la Caisse de sécurité sociale : « Seuls trois mois ont été déclarés ! » Usée à 26 ans, elle raconte ce que bien d’autres ouvrières disent : « Quand une femme ne travaille pas assez vite, elle se fait insulter par les chefs. Dans certaines fermes, ils frappent avec des bâtons. Les cadences imposées ne laissent pas de répit. Nous sommes rarement rentrées avant 20 h à la maison. » L’Association marocaine pour les droits humains de Biougra dénonce des cas de viol et le recrutement de fillettes âgées de 12 ans.

Au syndicat UMT (l’Union marocaine du travail), Houcine Boulberj, le secrétaire régional du secteur agricole confirme : « Sur les 70 000 ouvriers agricoles de la région (dont 70 % de femmes), 15 000 sont déclarés. Et encore ! Beaucoup d’employeurs trichent sur le nombre d’heures ! »

Conséquences : hyperflexibilité, pas de congés payés, pas de points de retraite, pas d’assurance maladie. Quant au droit de se syndiquer, il est toléré par endroits. À titre d’exemple, Houcine Boulberj cite l’entreprise à capitaux français Soprofel, qui distribue ses tomates en France sous la marque Idyl. Grèves et sit-in s’y sont multipliés en début d’année. « On ne réclame que nos droits : être tous déclarés, avoir des bulletins de paie, reconnaître nos heures supplémentaires, disposer d’un service médical ! Mais l’entreprise abandonne peu à peu des fermes, faisant pression sur les syndiqués, puis en rouvre ailleurs avec de nouveaux ouvriers. » Basée à Châteaurenard, dans les Bouches-du-Rhône, la direction de cette société, qui a produit 75 000 tonnes de primeurs au Maroc lors de la dernière saison, n’a pas souhaité s’exprimer.

Nappes phréatiques épuisées

Soprofel n’est pas la seule enseigne à déménager. L’augmentation des coûts d’irrigation amène certaines à abandonner des terres. Leur départ devient irrémédiable quand les nappes phréatiques sont épuisées. « Ces exploitations pompent l’eau d’irrigation à plus de 200 mètres sous terre dans une zone où le déficit hydrique annuel est de 240 millions de m3 », s’alarme le commissaire régional aux Eaux et Forêts. Pour alimenter ces cultures gourmandes en eau, de grands barrages ont été construits. L’un d’eux a immergé la maison et les champs de la famille de Kabira. En revanche, d’autres petits paysans ont vu leurs sources s’assécher. Leurs femmes travaillent aussi comme ouvrières agricoles. Mais pour combien de temps ? À ce rythme, dans quelques années, il ne restera qu’un désert.

Cécile RAIMBEAU.

Source : Ouest France

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