Tamazgha
8e Festival du film Amazigh à Sétif
Le cinéma, l’histoire et l’école. Des historiens, des personnages historiques, des collégiens et des cinéastes se sont retrouvés lors de colloques et de débats samedi après- midi. « Image, imaginaire et histoire » tel a été le thème d’une rencontre sur le cinéma et l’histoire. Gilles Manceron, partenaire de « La réflexion et de la recherche pour dépasser l’histoire », a parlé du « refoulement » qu’a connu le cinéma français par rapport à la guerre d’Algérie avec la loi du 23 février 2005 ainsi que le refus de repentance prôné en 2007, par Nicolas Sarkozy, le président de la République française.
La production cinématographique française n’a abordé le sujet de la guerre qui a opposé les deux pays qu’à de rares occasions comme les films Avoir vingt ans dans les Aurès de René Vautier ou encore RAS de Yves Boisset. Ce n’est que depuis deux ans que le cinéma français a commencé à aborder la question par des œuvres comme Indigènes, La Trahison ou L’Ennemi intime.
Ce que l’historien qualifie de « rejaillissement inéluctable, logique et nécessaire » après le refoulement qui a perduré dans le domaine. Des travaux de recherches et de réflexions doivent être menés des deux cotés de la Méditerranée pour affronter la question de face et pouvoir dépasser les rancœurs et penser à la possibilité de relations normales dans tous les domaines entre l’Algérie et la France. Le socio-historien Hassan Remaou, lui, parlera de « L’image à portée pédagogique et de la fabrication de l’histoire dans le manuel scolaire en Algérie ». La construction de l’histoire commence par la fabrication de mythes (comme le dit Harbi) : la table rase (l’Algérie n’existait pas avant 1830), l’unanimité et la Révolution paysanne. Ce n’est qu’après 1988, qu’un flot de souvenirs submerge tout un chacun qui y va de son témoignage et permet ainsi de revoir et de corriger un peu l’histoire officielle.
La violence fait partie intégrante du manuel, les photos y sont d’une force brutale. « Une génération veut imposer sa mémoire à toute une nation. » L’arrivée tant attendue de Ali Haroun et de Louiza Ighil Ahriz, permettra à l’assistance d’entendre leurs témoignages sur les événements du 17 octobre 1961 à Paris. Des événements vécus par Me Ali Haroun, alors que Mme Ighil Ahriz était détenue en Corse à la même époque. La violence et la sauvagerie dont ont fait preuve les forces de la police française aux ordres de Papon, ont fait beaucoup de victimes dont le seul tort était d’être Algérien. Pour l’anecdote, Ali Haroun racontera le passage à tabac de l’écrivain Gabriel Garcia Marquez et d’un journaliste du Washington Post dont le seul crime était d’être basanés. « L’histoire de notre pays nous intéresse, mais on ne comprend rien à ce que racontent ces personnes qui parlent en français », avouent deux jeunes collégiens venus voir un film ou profiter de l’occasion pour draguer et qui se sont retrouvés en plein colloque sur l’histoire et le cinéma.
Des potaches d’un collège de la ville ont reçu le Festival dans leur établissement. Le commissaire de l’événement culturel Assad Si El Hachemi et le cinéaste Belkacem Hadjadj ont animé un débat sur le cinéma et l’école devant une centaine d’élèves de 4e AM. Ceux-ci, quelque peu intimidés, n’ont pourtant pas gardé leur langue dans leur poche. Ils ont eu droit au Kid de Chaplin, ce qui les change un peu de la play-station et des jeux vidéo. « Ces vieux films sont drôles, ils sont en noir et blanc, les personnages se déplacent en courant et ils ne parlent pas, mais ils nous font rire », telle est la sentence de Lydia, Mira, Ikram et Sabine qui ont plus l’habitude de Rotana que des studios Keystone.
Nabil Lalmi
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